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L’ailleurs des mots

 Rimbaud ne nous parlait-il pas d’un ailleurs indéfinissable quand il déclarait : « La vraie vie est ailleurs » ? Chez Anise Koltz, tout est déjà contenu dans le titre de son recueil. L’ailleurs des mots, tout à la fois, précède et prolonge l’entre-deux de la vie qui n’est qu’un lieu de passsage « face à l’éternité ».
 Anise Koltz donne voix à l’indicible qui parle en elle. Le poème l’entraîne dans des profondeurs inconnues où le poète écrit : « Adossée à l’éternité / j’observe mes ancêtres ». Cette chute dans l’inconnu s’avère dangereuse, le poète ne sort pas indemne de ces « expéditions aventureuses » qui s’apparentent au vol d’Icare. Descendre au fond de soi, toucher de l’âme la vérité, c’est aussi se brûler les ailes et frôler cette folie qui a nom "solitude". « Mes livres de poèmes / ne sont que solitude », avoue Anise Koltz. Cette solitude qu’elle creuse en elle-même lui renvoie l’inéluctable échéance de sa mort : « Il y avait une fin / avant mon commencement / dès mon premier âge / je le savais ». Dans la voix du poète, on entend alors celle de l’enfant qu’elle n’a jamais cessé d’être et qui interroge : « Pourquoi Dieu m’a-t-il créée ? » La révolte de l’enfant devant l’absurdité d’un monde où elle n’a pas choisi de naître pour mourir prête à sourire lorsqu’elle évoque Dieu : « Je lui flanque l’encens de ses messes / à la figure / je claque la porte / de ses églises »...Pourtant la terreur et la souffrance irradient dans ce recueil qui nous ramène dans les limbes de nos propres angoisses. Le poète invoque les voix de ses ancêtres, de sa mère qui la traversent. Elle se situe dans cette lignée humaine où « Tout se répète / où l’univers s’autodévore ».
 Dans chaque poème, Anise Koltz effleure cette mort qui déjà l’habite tout entière : « Morte depuis longtemps / je porte des blasphèmes / en collier / autour de mon cou ». Cette mort n’est autre que l’éternité qui précède notre naissance et qui nous effacera dans le silence. Seule la poésie peut signifier « l’ailleurs des mots » car elle transcende toute parole pour devenir « un troisième œil / un deuxième destin / qui explore un espace inconnu ». Le philosophe Heidegger résumait d’une phrase l’angoisse existentielle : « Dès qu’un homme naît, il est assez vieux pour mourir ». Anise Koltz taille dans « l’ailleurs » le vertige d’être, son âme devient une torche vive qui nous éclaire jusque dans l’âpre pensée de notre mort.