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L’Aile pourpre

 D’abord deux dates : « 1963-2000 ». C’est dans cet intervalle que s’inscrit la présence de Nicolas Dieterlé. Une vie qui connut une rencontre à son crépuscule : celle du Var, avec une annotation du monde tournée vers te fragment et l’aphorisme, aussi vers la joie, face à une réalité dont la puissance est aussi ide mettre en péril les forces mêmes qui voudraient la saluer. Aussi, Nicolas Dieterlé, tout en rédigeant parallèlement une biographie sur Novalis, a-t-il préféré rejoindre sa nuit. Un choix qui pourrait parfois sembler prendre là contre-pied ces visions émerveillées, mais l’accomplissement n’est pas toujours du côté de l’étonnement. « Il faudrait tout voir ,avec l’œil de la joie, qui est imagination et connaissance », avait confié, et non décrété, ce jeune homme. Lui, qui avait reconnu son double : « Novalis : sa tête fine, le fleuve de ses cheveux qui s’épand sur sa veste cloutée de gros boutons pareils à des yeux Son ,regard humide, à la fois interrogateur et fixe, tourné vers la droite comme si se, trouvait là, dans l’ombre, une présence dont il faut ’s’assurer l’incandescence diaphane de son visage : une lampe haut tenue. » Portrait différé en un sens de ces proses qui n’ont nul besoin de revenir à la ligne pour s’ériger en poème : « On ne peut écrire, au sens fort d’écrire, sans que brûle en nous une interro¬gation si vive qu’elle nous transforme alors même qu’aucune réponse n’est apportée Les mots sur la page sont le produit de cette transformation Ils en sont aussi la cause, car, quand je commence à écrire, je ne sais pas ce qui va brûler en moi Je le découvre au fur et à mesure de l’écriture L’interrogation, dans sa vivacité, naît des mots, puis rejaillit sur eux, les façonne, en un double mouvement ».
 Dans cette procession de phrases sans point ouvertes vers L’infini, Nicolas Dieterlé décline les visages de ses souffrances et de ses joies jusqu’à substituer un regard nouveau devant les yeux du lecteur, une amitié vive, une amitié vraie.