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L’Aile pourpre

 II se disait « moine-poète », et peut-être bien qu’il s’agit là de la définition la plus approchante pour essayer de saisir la personnalité de ce jeune journaliste, pigiste indépendant, lecteur d’Hölderlin, de Novalis et de Swedenborg, hélas trop tôt tombé dans l’abîme mortel de la dépression.
 Nicolas Dieterlé (1963-2000) a passé une grande partie de son enfance en Afrique, au Ghana, puis au Cameroun, dans un hôpital de brousse appartenant à l’Eglise protestante, là où son père était chirurgien. A l’âge de dix ans, alors qu’il entre dans la pré-adolescence, il est marqué par le retour définitif en Europe comme par une blessure secrète de laquelle il ne guérira jamais totalement. Passionné de lecture, de dessin et de musique classique, mais aussi d’archéologie, il accomplit ses études secondaires à Grenoble et visite l’Islande durant l’été 1981. II obtient en 1986 un diplôme à l’Institut des sciences politiques de Paris, avec l’objectif de devenir - journaliste, mais aussi celui de travailler comme critique littéraire ou artistique, parce qu’il dessine et peint beaucoup. C’est ainsi qu’il exposera en 1991 cer¬taines de ses oeuvres au Foyer des étudiants de la rue de Vaugirard. Nommé rédacteur en chef adjoint de Valeurs ver¬tes en 1994-1995, il collabore ensuite à Témoignage chrétien ainsi qu’à d’autres parutions religieuses françaises, telle la revue Actualité des Religions.
 C’est en mars 2000 qu’il s’installe dans le sud-est de la France, afin de préparer une biographie de Novalis en prévision du bicentenaire de sa mort, à la manière de C. F. Ramuz qui voulait consacrer une thèse à Maurice de Guérin.
 Ces sept mois vécus à Villars-sur-Var (Alpes-Maritimes), sur ce haut plateau du Savel, sont les plus intenses et lumineux de sa brève existence, comme si les grandes ombres menaçantes, si fréquemment relevées dans son précédent Journal, étaient ici tenues en échec par un pay¬sage grandiose et vrai au sein duquel il se sent en parfaite communion : « Ce lieu en moi qui est toute solitude a pour couronne les cimes dansantes des montagnes varoises liées par une chaîne de joie. »
 Dans une intéressante postface, Régis Altmayer explique comment cet espace de Villars-sur-Var va se transformer, chez Nicolas Dieterlé, en une sorte de « clôture » spirituelle propice à l’épanouissement de sa vie intérieure, lui faisant « traverser en dansant l’épaisseur inquiète des choses ». En effet, sa véritable patrie, c’est, comme pour Novalis, Roud, Crisinel et combien d’autres poètes, cet « Ailleurs », cet immesurable « Dehors ». Tenter de restituer cela par l’écriture, dans un processus semblable à une incessante et douloureuse naissance, voilà le risque pris par ce jeune moine-poète. Son ultime traversée est bouleversante.