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Kiki Dimoula... enfin !

 Prix européen de littérature 2010 (remis à Strasbourg en mars dernier), Mon dernier corps est publié par Arfuyen en version bilingue grec-français.
 Née à Athènes en 1931, Kiki Dimoula est une poétesse grecque qui travailla parallèlement à la banque de Grèce pendant vingt-cinq ans. Des chiffres aux mots... un pas allègrement franchi par l’auteur et sa jolie plume. Merci à Arfuyen de permettre au public francophone d’enfin prendre connaissance du travail de cette grande dame des lettres grecques ! On soulignera d’ailleurs la qualité de l’édition proposée, non seulement pour sa traduction mais également pour les notes fouillées qui permettent de faire plus ample connaissance avec l’œuvre et le personnage de Kiki Dimoula.
 Kiki Dimoula, dans ce recueil, met sa plume au service d’un déséquilibre permanent, d’un gouffre qui pourrait s’ouvrir à tout instant sous nos pieds. Aller à la rencontre de sa poésie peut être violent, tant son écriture est rude, ardue, pénétrante et sans concessions. Une écriture qui secoue car elle fait se côtoyer au sein de nos existences le néant, le silence, l’horreur et la peur. Expérience délicate dont on ne sort pas totalement indemne.
 « Printemps ou faux-semblant / miracle ou théâtre / fleurs ou pompes à précédents / papillons ou menaces ? / Des milliers de papillons / d’une beauté spasmodique / sur des fleurs / des pompes à précédents / des menaces et des théâtres par milliers / volent / taisant la limite de leur vie / limite dessinée / plus artistiquement que tout autre / par la main d’un abréviateur (...) » (page 71).
 Au fil des textes, on réalise qu’un ordre supérieur dirige le monde et nos vies, possède le pouvoir de tout bouleverser et de transformer l’infime en immense tragédie. Résurgence des héros antiques sur nos vies modernes, drame grec se jouant à tous les niveaux... Kiki Dimoula déploie une écriture faite d’ampleur et d’emphase pour évoquer cet inéluctable dessein exercé par une force invisible sur nos pauvres âmes perdues.
 Un véritable régal !