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Khalil Gibran

 Khalil Gibran n’a certes pas besoin d’être présenté. Mais on sait moins que ce poète libanais émigré aux États-Unis que le Prophète, écrit en anglais, a rendu mondialement célèbre a laissé en arabe le meilleur de son oeuvre poétique.
 C’est en retournant à ses sources que Gibran reconquiert sa puissance poétique. Le Livre des Processions, publié à New York en 1919, renoue en effet, seul exemple dans toute son oeuvre, avec la tradition arabe classique tout en inventant une forme personnelle, en rassemblant les strophes de son poème par groupe de trois, chacune constituant une sorte de « canto ».
 
Du Prophète à ce livre le ton change, bien que les deux oeuvres aient été composées durant la même période. La formule ici se fait évidence. Poésie et vérité y sont indiscernables et le contenu de sagesse lui-même se radicalise : plus de manichéisme, plus d’humanisme, l’homme est invité à se situer par-delà le bien et le mal, en puisant à l’élan primordial qui gouverne les « forêts » :
 Dans la forêt, point d’espérance
 Et point d’ennui
 Comment la forêt pourrait-elle désirer une part
 Alors qu’elle a le tout ?
 Ne nous méprenons pas sur le sens du titre, nulle connotation religieuse ne s’y trouve. Plutôt une avancée graduelle vers un tout autre horizon que celui fixé par nos religions trop humaines. Véritable célébration du Chant en son acception supérieure, tel se présente à nous ce livre dont Anne Wade Minkowski nous restitue superbement en français l’âpre et altière musique : 
 Le chant est la force des âmes 
 et la plainte du nay survivra 
 À l’anéantissement des soleils.