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Jours de printemps

 Depuis plusieurs années, les cahiers Arfuyen se sont consacrés à la publication de poètes et mystiques de toutes traditions. Au cours de cette recherche – et l’édition peut s’apparenter parfois à une véritable quête spirituelle –, ils ne pouvaient manquer de rencontrer le haiku, court poème de 17 syllabes qui est depuis trois cents ans au coeur de la tradition poétique japonaise, et qui a fasciné une partie de la poésie occidentale de ces cinquante dernières années, d’Ezra Pound à Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet. Arfuyen présente au public français trois parmi les plus grands « haikuïstes » japonais, Bashô, Buson et Issa, dans des traductions fort belles. Celles-ci sont, de l’avis des spécialistes, fidèles à l’esprit de l’original et, autant que faire se peut, à sa forme.
 Bashô (1644-1694), père du haiku, célèbre entre tous et pour cette raison le plus traduit, n’est sans doute pas le plus directement abordable pour un lecteur occidental. Plus encore que d’autres son ceuvre réfère à toute la culture japonaise – ses admirables Journaux de Voyages en témoignent –, et particulièrement aux courants esthétiques et spirituels inspirés du bouddhisme. A des degrés divers, cela est d’ailleurs vrai de tous ces poètes, dont il est aussi absurde de faire des auteurs « mystiques » que de les laïciser suivant des catégories occidentales inapplicables en Extrême-Orient. Les critiques et traducteurs français n’ont pas toujours résisté à ce petit jeu.
 Bashô est l’homme du voyage, géographique mais aussi spirituel et poétique (« Cela me fait sourire / un printemps à nouveau / sous le ciel du voyage »). Parfois cela l’angoisse (« Cloches muettes / que fait donc ce village / soir de printemps »), mais la route est aussi l’occasion d’émerveillements nouveaux (« Epuisé / je cherchais une auberge quand / ces fleurs de glycine »). C’est de ces émerveillements que vont naitre les poèmes, émerveillement qui est éveil (« Nées du dégel / pour mon pinceau recueillies / quelques gouttes d’eau pure »), c’est par l’écriture que la sensation encore obscure va se muer en expérience tangible, offerte à tous (« Que jaillisse un poème / différent de moi / premier cerisier »).