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Jacques Goorma, "À - hommages, adresses, dédicaces", par P. Dhainaut (Diérèse)

Elle ouvre notre langage et en même temps elle nous ouvre : dans ce mouvement nous reconnaissons la poésie. Elle est généreuse. Jacques Goorma nous le rappelle dans son nouveau livre, qui porte un titre très simple, À : il s’agit en effet d’« hommages », d’« adresses » et de « dédicaces ».

Ce sont des poèmes en général courts, deux ou trois vers, rarement plus, qui tous commencent par la première lettre de notre alphabet, ou, pour mieux dire, par la syllabe augurale : elle résonnera ainsi à travers le livre entier, renouvelant sans cesse le mouvement qui l’anime.

Voici À la patience, par exemple : « apprendre / plutôt qu’attendre ». À elle seule, cette dédicace présente fidèlement l’état d’esprit dans lequel ce livre a été composé au fil des années. Il y a dans l’attente une visée qui ne se déprend pas de notre orgueilleuse volonté de conquérir, d’obtenir une réponse, tandis que la patience nous détache de nous- mêmes, elle nous prépare inépuisablement à recevoir un don plus grand que tout ce que nous pouvions imaginer, elle nous initie à la vertu de l’accueil.

Nous la retrouvons à l’œuvre, cette vertu, de page en page, quel que soit l’objet de l’hommage, de l’adresse, de la dédicace : « le poème /est un ruisseau / qui nous parle / de sa source » (Aux origines).

L’art de Jacques Goorma est un art du peu. L’auteur n’a besoin que de mots limpides et fluides pour exprimer sa reconnaissance. Il les écrit sans les inscrire : ce sont des souffles qui vont et qui viennent. Il nous appartient, lecteurs, d’être aussi discrets pour les saisir un instant et passer avec eux. On ne définit pas un poème, on ne le retient pas : « il glisse sous la porte / son rayon de silence ». Cela suffit, nous sommes allégés, nous acquiesçons et nous respirons librement.

Celui qui donne s’étonne aussi, son « À » devient merveilleusement un « Ah ! ». Dans son livre précédent, paru également cette année, aux Éditions Les Lieux-Dits, Tentatives, Jacques Goorma évoquait déjà la porte de « la parole juste et forte », le poème qui préfère aux affirmations le « peut-être » : c’est sous cette porte que « l’invisible secret / pourra se glisser ».

En dire davantage, ce serait trahir Jacques Goorma, je lui dis merci.

[La lecture de Pierre Dhainaut que nous reproduisons ici a paru dans le n° 71 de la revue Diérèse, automne 2017]