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J’ai vu les Muses

 Publiés en 1943 chez Mondadori, ces poèmes ont imposé Leonardo Sinisgalli (1908-1981) comme l’un des plus grands poètes italiens de l’après-guerre.
 Dans la première partie du recueil intitulée Verdesca, en référence à un lieu-dit de son pays natal, le poète taille les mots dans la lumière qui nimbe ses souvenirs d’enfance. « Heures de lumière basse », « La lumière émondée d’un arbre »..., cette luminescence nous restitue un temps immobile, suspendu, où « la vigne sèche », « l’abeille claire » nous font entrer dans l’âpre beauté d’un paysage qui nous devient très vite familier.
 Sur le ton de la confidence, de l’aparté, la voix du poète s’insinue pour se faire l’écho de notre voix intérieure : « ta tête dans la lumière se fait orgueilleuse ». Nous entrons dans la musique de Leonardo Sinisgalli et la faisons nôtre pour peu que nous ayons conservé, comme le poète, notre faculté d’émerveillement. Car c’est en cela que Sinisgalli nous séduit et nous ravit : « Le cœur émerveille / J’ai interrogé mon cœur émerveillé / J’ai dit à mon cœur la merveille »... À notre tour, nous sommes « émerveillés » à l’instar du poète qui fête son « éphémère poésie » avec une mouche qui devient à la fois le sujet et la confidente de son poème. Mais ne nous y trompons pas, si la lumière est vive, dans le même temps, « des ombres solitaires » distraient le jeune garçon et « derrière les murs, il y a »...
 Leonardo Sinisgalli écrit sur une lisière où l’instant suspendu nous éblouit parce qu’il renvoie à un état de grâce. Ce père qui revient seul et qui est « un point vivant à l’horizon » remue en nous le terreau de l’enfance où affluent les images et les émotions. Dans sa traduction, Jean-Yves Masson a su donner à cette poésie toute sa limpide clarté saisie dans la pleine lumière de l’âme.