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Introduction au large

 Chaque nouveau livre de Pierre Dhainaut cristallise quelques fragments de temps : marche dans l’espace (souvent sur la plage, la grève), compagnonnage avec les voix, exploration des souffles, cheminement dans la vie toute simple de ceux qu’on aime...
  Nous sommes de passage
 nous sommes plus que de passage
écrit Pierre Dhainaut dans Introduction au large qui reprend - pour un nouveau creusement, car il s’agit d’aller toujours plus profond - ces thèmes constitutifs du poète Pierre Dhainaut mais aussi de l’homme.
 Trois ensembles de poèmes composent ce recueil qui se termine par un poème reproduit dans la graphie de l’auteur, « A la nuit parturiente », « Voix au-devant des voix » et « Lectures de lumières ». Si la première suite regroupe 8 petits poèmes aux vers brefs de longueur inégale, « Voix au-devant des voix » est remarquablement construit et obéit à des contraintes formelles strictes. Cette suite est composée de 25 poèmes en vers plus amples et regroupés en petits ensembles obéissant chacun à une logique de décompte. D’abord 3 poèmes de 15 vers, puis un ensemble de 15 poèmes tournant autour des 10 vers (10, 9, 11, 8 et 12, ce qui fait une moyenne de 10 vers), suivi d’un autre ensemble de 7 poèmes de 1 1 vers et, enfin, 3 poèmes de t 1 vers et 7 de 10 vers... Cette régularité que casse ou, plutôt, que fêle la longueur inégale des vers, me semble à l’image de ces souffles fragiles que recueille Pierre Dhainaut, à l’image du mouvement de la mer et du mouvement aryth¬mique que prend parfois le cceur... Nulle gratuité dans ce travail, mais bien une manière d’être ait monde et de l’écrire dans le cadre de la forme poésie.
  c’est le souffle qui donne 
 confiance ou forme
écrit Pierre Dhainaut dans la première suite « A la nuit parturiente ». « Voix au-devant des voix » s’ouvre avec 3 poèmes regroupés sous le titre « Trois chambres ». Qu’est-ce qui naît du sommeil ? Ou, plutôt, de cet état intermédiaire entre la veille et le sommeil ? C’est le monde (l’espace et le souffle) qui fait irruption dans la conscience. Dé l’angoisse initiale naît un espoir plus fort que tout :
 ...N’espérer de secours 
 que de la gorge, apprendre à faire corps avec l’air 
 sans réserve en ne respirant qu’à son rythme 
 au centre, au loin...
 Démarche éminemment matérialiste. La chambre est alors le réceptacle du monde et, la nuit, le moment de la naissance au monde : la nuit parturiente prend alors tout son sens, subtil va-et-vient entre les suites de poèmes. Mais la chambre est aussi le lieu des autres :
 Ce n’est pas pour nous que nous regardons 
 mais pour tous ceux dont les chambres sont closes 
 et les paupières.
 Ainsi, le regard qui suppose l’ouverture se décline-t-il pour tous. La chambre est le lieu des vivants : on naît, on aime, on meurt dans une chambre. Et pour celui qui aime, la chambre est le lieu des trois moments de la vie : cristallisation du temps... Ainsi, de manière discrète, ce sont la nuit et l’insomnie (qui va avec) qui traversent tout ce recueil. De l’insomnie naît quelque chose qui n’est pas un monstre, quelque chose qui est toujours un souffle... Mais voilà que je limite mon propos en me centrant sur un fragment du livre... Il y a dans ce recueil bien d’autres embellies, bien d’autres éclaircies, bien d’autres perspectives. Ainsi cette fascination devant ce qui sans cesse naît ou renaît ; avec « L’Age d’avril », c’est l’arborescence qui est mise en valeur, la vie jaillissante, sans limite, qui toujours bifurque, va vers ailleurs, jamais là où on l’attend. On sent dans ces poèmes un profond accord avec le monde naturel : le poète ne veut pas dominer mais simplement être en harmonie :
  Aucun chemin ne saccage les dunes, c’est là notre pays, là que nous serons prêts...
 Pierre Dhainaut écrit pour mettre en confiance, pour accepter le monde au-delà de nos révoltes inéluctables... Il écrit pour le passage. pour nous aider à vivre ce passage. Pour ce qui nous dépasse et ce qui. finalement, est profondément enfoui en nous : oui, alors, creuser, toujours.