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Insurrection spirituelle

 À l’ombre des mastodontes de l’édition, Gérard Pfister poursuit depuis trente ans une œuvre exigeante d’éditeur et de poète qui prend du volume dans l’hexagone – et révèle le pur éclat de ce(ux) qu’elle touche...
 Après une thèse de lettres sur le poète dadaïste Pierre de Massot, il crée les Éditions Arfuyen et travaille dans « l’antre du Diable » : les marchés financiers. Une « contradiction stimulante », selon ce fils de bonne famille colmarienne, qui « donne le sens de l’urgence », le bon usage de la parole – et du silence – ainsi qu’un principe d’action... Aux antipodes du formalisme gratuit ou du byzantinisme, sa langue épurée va à l’essentiel – langue fondamentale – qui réalise sa promesse et tisse les images filantes d’un ciel intérieur tendu comme un miroir qui éclaire le passant sur son reflet. Sa poésie va vite, chacun de ses livres d’urgence sonne l’éveil d’une présence jetée au monde dont elle dit l’obstination tranquille à réaliser son avenir : « Il faut accepter / de n’être / que le chemin / accepter / que l’autre / naisse en nous / et nous / disparaissions. »
 C’est dans l’expérience et l’exigence intérieures que le poème trouve la force de ce mouvement qui devance la mort annoncée, l’élan vital qui sacre le possible et fonde l’irrévocable d’une présence faite d’un peu plus que de l’air vicié du temps, de l’histoire ou de ses intérêts économiques... Un verbe limpide qui suscite un lever d’âme comme le lever du jour éveille les premiers battements d’ailes dans la feuillée assoupie : « Si tu veux / être / comme le ciel / approche / ton oreille / de la source. »