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Il y a le temps qui passe et puis le reste

 Pierre Dhainaut est certainement l’une des plus belles voix de la poésie française contemporaine. Une plume qui se décline depuis quarante ans (et trente ouvrages), gagnant en maturité mais également en originalité dans la vision du monde qui est exposée au fil des recueils.
 Plus loin dans l’inachevé, Prix de littérature Jean Arp 2010,se compose de trois parties : Perpétuelle éphéméride, Rituel de l’imprévoyance et À toi qui commence. Le tout est suivi d’un récit en prose, Journal des bords. Autant de textes pour mieux saisir toute la subtilité dont peut faire preuve Pierre Dhainaut lorsqu’il évoque les émotions.
 « Infirmes, nos gestes, / ils se détachent / les uns des autres, / accumulent / les saccades, plus / acérées, urgentes, / mais ce qui les attire, / qu’ils réussissent / à ne pas le cerner, ils s’aèrent, / ils se suivent, / laissant à vif ces lèvres / que rien ne fermera / d’une blessure : à nous / maintenant de répondre, / d’accomplir leur rôle, / sans prudence / ils ont rendu l’espoir » (page 21).
 L’écriture est musicale, elle dit le temps qui passe, qui va et vient, tout comme ces petites émotions de la vie composées d’amour, d’interrogations aussi (« Tendresse de la paume / confiance de l’oreille » ou encore « Ce temps est le tien, de ne pas cueillir / la fleur nommée patience »).
 Une des facettes de la poésie de Pierre Dhainaut qui me touche est cette manière d’aborder notre parcours de vie, avec espoir et lucidité, avec familiarité également. Des mots dans lesquels nous nous retrouvons avec aisance tout en ayant matière à creuser, à chercher comment observer ce quotidien qui nous entoure et l’apprivoiser pour en tirer le meilleur.
Des poèmes en guise de main ouverte, tendue vers un futur à venir ou un présent à capturer, sans pour autant l’enfermer. Les mots respirent, tout comme nous.
  « Comme en forêt le long des routes, nous allons / d’arbre en arbre, nous avons l’âge des rameaux / où se plaisent les fruits, le givre, / qui ne s’alarment pas de ce qu’ils durent, / l’humus et l’air, ensemble ils les célèbrent, / à l’ombre, l’accueil nous enracine » (page 36).
 Superbes lignes dans un recueil qui l’est tout autant !