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Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche

 Nicolas Dieterlé n’a jamais souhaité publier aucun texte de son vivant mais il nous laisse de nombreux écrits ainsi que plus de 500 dessins et peintures. Les ditions Arfuyen après L’ Aile pourpre publient son deuxième texte littéraire. Le titre du recueil « Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche » fait référence à une phrase que l’auteur a « reçue » lors d’une marche en forêt telle « une pure féerie ». C’est ainsi que le poète appréhende la poésie qui est tout à la fois état de grâce et essence de toute connaissance.
 Né en 1963 dans une famille de missionnaires et de pasteurs protestants, Nicolas Dieterlé a vécu en Afrique jusqu’en 1973. La rupture avec son enfance africaine est difficile. Plus tard, après ses études, il devient rédacteur en chef adjoint de Valeurs vertes. Travaillant dans le Var à une biographie de Novalis, le poète rongé par la maladie se donne la mort en septembre 2000.
 C’est sans conteste au coeur du poème que Nicolas Dieterlé renoue avec son enfance. Les images du jeu et de l’enfance sont associées à la définition de la poésie qu’il qualifie de « pure fantaisie, un jet d’eau joueur, une main offerte sans mesure, un arc-en-ciel qui se tend de mon âme à l’âme du monde ». L’image du jet d’eau qui se transforme ailleurs en « lasso pour saisir le Réel intérieur » ou qui devient « l’enfant qui passe d’une branche à l’autre » offre autant d’instantanés qui renvoient au jeu dont le philosophe Eugen Finck disait qu’il était le symbole du monde. Dans ce jeu, l’enfant évolue en toute liberté entre rêve et réalité, plus tard, devenu adulte, c’est le poète qui cherche en lui « l’écriture » qui « le porte comme une eau, comme le flux de la marée... » Les images cosmiques fêtent la danse des astres et celle de la nature où « les collines sont recouvertes d’un feutre très doux » où le soleil est semblable à « un fruit éblouissant posé à l’extrémité de la branche du monde ».
 Nicolas Dieterlé nous fait signe dans chacun de ses poèmes. Du silence où la mort l’a plongé, il ne cesse de nous parler de « la beauté du monde » et des «  lois féeriques, gracieuses et insondables, de l’âme du monde pareille à une roue ». Sa poésie est assurément l’un des fragments de cette âme du monde dont nous parlait également Plotin. Les poèmes de Nicolas Dieterlé ainsi que les dessins et peintures qui les prolongent font partie intégrante de cette « grâce intemporelle » dont l’auteur confie « qu’elle crée à mesure qu’elle se déploie ». Et même si « la mort est notre quotidienne », le poète n’en finit plus de nous plonger « dans le grand bain de l’émerveillement » qui est aussi « une manière de contourner le monde pour voir, derrière, le Monde ».