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Ici pépie le coeur de l’oiseau-mouche

  "Les collines, aujourd’hui, ressemblent à de petites vieilles au dos noir et voûté. Au-dessus d’elles est suspendue la mort sous la forme de nuages."
 Nicolas Dieterlé s’est donné la mort le 25 septembre 2000 dans un acte dépressif, suite à des crises d’angoisse, alors qu’il travaillait à une biographie de Novalis, devant paraître lors du bicentenaire de la mort de celui-ci (2001). Il avait trente-sept ans comme Rimbaud. Après des études d’histoire de l’art et de sciences politiques, il menait l’existence précaire d’un journaliste freelance, un temps rédacteur en chef adjoint de Valeurs vertes (1994-95), tout en poursuivant une quête intérieure à travers l’écriture et le dessin.
 Les éditions Arfuyen publient des fragments retrouvés dans ses dossiers, riches en perles de brièveté comme : "Le bruissement de la pluie porte le monde."
 La mort court au long de ces pages sauvées de l’amnésie – comme une issue envisagée ou une évidence : "Toujours la mort Comme un bateau d’une blancheur lugubre qui avance en moi, irrésistiblement."
 Envers et contre tout, Nicolas Dieterlé lance ses mots à la poursuite de sa musique intérieure – de ce qui décide de l’ardeur de vivre, encore – ou de ce qui émousse les capacités de résistance et fait craquer les coutures de l’être dans la frivole et terrifiante malignité de temps qu’un persistant lieu commun médiatique annonçait comme "religieux"... Sa religion n’était pas celle de l’Avoir : Nicolas Dieterlé a consumé sa brève vie à arracher à la corruption du langage des mots éclatants et à entrevoir "l’étoile vive de la rédemption" dont le rayonnement rendrait enfin tout "manifesté, dicible"...