Littérature Spiritualité  Alsace

Stéphane RUSPOLI

Écrits des Maîtres soufis 3

Traduction et présentation de trois traités de Khotalânî, Nûrbakhsh et Kâshânî

Traduit de l'arabe et du persan
et présenté par Stéphane Ruspoli
SORTIE EN LIBRAIRIE LE 5 JANVIER 2012
Collection Carnets Spirituels n°81, 224 pages, ISBN 978-2-845-90166-7

16,50 €

     Mahomet a reçu ses premières révélations durant les retraites qu’il faisait dans une caverne du mont Hira près de La Mecque (vers 610). Il est ainsi revendiqué par les soufis comme leur guide spirituel de même qu’ils se plaisent à reconnaître pour précurseurs certains de ses compagnons, comme son cousin Alî ou Abû Bakr.
     Les premiers saints de l’islam s’apparentent par leur détachement, leur vocation érémitique et leur pauvreté volontaire, aux ascètes chrétiens de Syrie et d’Égypte. Ils ont posé les fondements éthiques et religieux du soufisme. Mais c’est entre le XIIe et le XIVe siècles de notre ère qu’apparaissent les principaux ordres religieux en pays d’islam, placés sous l’autorité de savants prédicateurs et de réformateurs charismatiques.
     Tel est le cas de l’ école fondée par Kubrâ qui étendra son influence de la Perse en Turquie et aux Indes. Mort en 1221, Kubrâ a profondément renouvelé la tradition ésotérique du soufisme ancien, représentée par la fameuse école de Bagdad avec Jonayd et Hallâj (fin IXe s.) en méditant sur la transformation de l’âme dans son effort pour atteindre la paix et l’unité. La production théologique des maîtres kubrawis est considérable et s’étend sur plusieurs siècles.
     C’est ce mouvement spirituel essentiel que vise à faire découvrir la série parue dans les Carnets spirituels sous le titre Écrits des Maîtres soufis. Le premier volume (2006) s’est concentré sur Kubrâ lui-même dont ont été donnés en traduction trois textes majeurs : les Dix Fondements de la vie spirituelle, la Missive au voyageur errant et le Port de la khirqa. Le deuxième volume (2008) a présenté Bagdadî (avec traduction de l’Épître du Voyage spirituel) et Semnânî (avec traduction de l’Épître du Dévoilement intérieur et du Traité de la Lumière divine). Ce troisième et dernier volume est consacré à trois auteurs très différents : Khotalânî (avec traduction de la voie parfaite des Solitaires), Nûrbakhsh (avec traduction des Récits de trois visions extatiques) et Kâshânî (avec traduction du court traité Qu’est-ce que la Réalité divine ?
     Khotalânî et Nûrbakhsh sont deux importants chefs de l’ordre Kubrawi qu’ils ont dirigé et transformé en Iran au début du XVe siècle (IXe de l’Hégire). Ils décrivent et interprètent le processus d’ascension vers la lumière et le dévoilement des théophanies dans un cadre cosmologique très élaboré. La montée vers la Présence divine exige de passer par le dépouillement intérieur jusqu’à l’abolition du pèlerin et son investiture par la Divinité. Les « visions extatiques » qu’interprète Nûrbakhsh sont un document ésotérique remarquable à cet égard, et à vrai dire unique en son genre. Elles débouchent sur une audacieuse théomorphose. Sa doctrine originale se situe entre le messianisme shiite et la théosophie d’Ibn Arabî (mort en 1140). 
     Le dernier texte présenté dans ce livre, un écrit philosophique de Kâshânî est le commentaire magistral d’un fameux Entretien initiatique du 1er Imâm Alî avec son disciple Komayl concernant le secret de la « Réalité divine ». 
     Ces trois documents se complètent parfaitement : tous trois visent la réalisation de soi par les ressources de la pédagogie mystique et insistent sur la connaissance unitive découlant de l’expérience des théophanies dont l’Homme parfait est le miroir. La perspective soufie de la « déification spirituelle » s’impose donc comme le thème générique de l’enseignement étudié et exposé dans ces pages. Des comparaisons sont proposées avec d’autres courants parallèles, avec la gnose chrétienne, le néoplatonisme et la tradition hermétique.


Henri MESCHONNIC

L'obscur travaille

SORTIE EN LIBRAIRIE LE 12 JANVIER 2012
Collection Cahiers d'Arfuyen n°196, 98 pages, ISBN 978-2-845-90167-4

9,00 €

    Le présent recueil a été écrit durant les derniers mois de la vie de Henri Meschonnic, en grande partie à l’hôpital, alors que la maladie contre laquelle il s’était battu depuis plus de dix ans allait prendre le dessus.
     Henri Meschonnic est mort le 8 avril 2009. Pour le premier anniversaire de sa disparition, en avril 2010, les Éditions Arfuyen avaient publié son recueil Demain dessus demain dessous. Un colloque avait été à cette même date organisé par l’université de Strasbourg. Rappelons que Henri Meschonnic s’était vu décerné dans cette ville en 2005 le Prix de Littérature Francophone Jean Arp pour l’ensemble de son œuvre. L’obscur travaille est son dernier recueil.
    Henri Meschonnic est l’auteur d’une œuvre importante de réflexion sur la littérature, la poésie et la traduction. Essayiste et philosophe, il a donné également des textes passionnants comme les cinq volumes de Pour la poétique (1970-1978), Modernité modernité (1988) ou Spinoza poème de la pensée (2002). Auteur de Poétique du traduir (1999), il a lui-même donné d’admirables traductions des principaux livres de la Bible.
     Inaugurée avec Dédicaces proverbes (Gallimard, 1972), son œuvre poétique, qui est au centre de sa démarche d’écriture, comporte seize ouvrages, dont six ont été publiés ces dix dernières années aux Éditions Arfuyen : Puisque je suis ce buisson (2001), Tout entier visage (2005), Et la terre coule (2006), De monde en monde (2009), Demain dessus demain dessous (2010) et à présent L’obscur travaille.
     En ouvrant le livre ultime de Meschonnic, comment ne pas penser à L'Herbe du songe, d’Yvan Goll, écrit à l’Hôpital Civil de Strasbourg, durant sa dernière maladie : « Aux hauts-fourneaux de la douleur, / Quel minerai met-on à fondre / Nul ne le sait / Ni les esclaves du pus / Ni les sœurs de la fièvre » (trad. Claude Vigée, Arfuyen, 1988).
  Tout autre est cependant, face à l’ultime, l’expérience d’Henri Meschonnic, tout autre sa parole, toujours davantage ouverte au monde, avec une sorte de jubilation, alors même qu’il sent de toutes parts s’échapper son être : « les autres me multiplient / je ne me savais pas / si différent de moi-même / autant de fois qu’ils passent  / et repassent je ne sais plus / si c’est en moi devant moi / et les arbres aussi marchent / tout est tellement  en mouvement / que je ne sais plus si je / suis là ou là et l’arbre / qui était parti revient / je peux enfin les tenir dans mes yeux  / je suis le bruit de ces pas / sans parole je ne peux pas me taire / et je parle tous ces pas  » (7-8 mai 2008). La menace a beau être là, toute proche, comme une mise en demeure, la conscience d’Henri Meschonnic ne tient pas en place : toujours en éveil, en partage, et, autour d’elle, tout est toujours en mouvement, formes fluides, tendres, comme dans un tableau de Chagall.
     Le dernier poème du recueil est daté du 26 février 2009, à l’hôpital Paul-Brousse : « je n’ai rien que des jours / à t’offrir mais ensemble  / ensemble  / ma bouche ta bouche / dans tes mains dans mes mains  / ce sont elles qui tournent  / autour de l’an pas l’an / qui tourne / mais nous ensemble  / la ronde de la vie  ». La ronde n’en finit pas jusqu’au dernier jour, avec cette étrange allégresse de qui se donne sans rien retenir, sans rien céder. Jusqu’au dernier jour, c’est l’amour, c’est la vie qui s’étreignent dans les mots, avec un enthousiasme intact. 


Catherine CHALIER

Kalonymus Shapiro, rabbin au Ghetto de Varsovie (1889-1943)

Présentation et traduction de l'hébreu
de textes extraits de Le Chemin du Roi et Le Feu saint
SORTIE EN LIBRAIRIE LE 6 OCTOBRE 2011
Collection Carnets Spirituels n°80, 168 pages, ISBN 978-2-845-90164-3

12,00 €

     Ce nouvel ouvrage de Catherine Chalier s’inscrit à la suite des Lettres de la création, du même auteur, publiées en 2006. Philosophe et spécialiste du judaïsme, Catherine Chalier enseigne la philosophie à l’Université de Nanterre. Elle a publié récemment les livres suivants : Spinoza lecteur  de  Maïmonide (Cerf, 2006) ; Des  anges et des  hommes (Albin Michel,  2007) ; Transmettre de  génération en génération (Buchet Chastel,  2008) ;  La nuit,  le  jour (Seuil,  2009) ; Le désir  de conversion (Seuil, 2011).
     Inspiré notamment par le fonds spirituel du Talmud et du Zohar, ce précédent ouvrage était une méditation sur l’un des fondements de la spiritualité juive : le symbolisme des lettres hébraïques. L’ouvrage ici présenté est une méditation sur le sens de la mission du peuple juif au regard de l’un des événements les plus symboliques de la shoah : l’extermination du ghetto de Varsovie.
     Catherine Chalier donne ici en français la première présentation de la personnalité et l’œuvre de Rabbi Kalonymus Shapiro (1889-1943), cette haute figure du hassidisme et de la résistance spirituelle à la Shoah. Kalonymus Shapiro fut rabbin au ghetto de Varsovie et l’on a retrouvé, conservés dans la terre, les textes écrits pour essayer de trouver un sens face à cette inconcevable épreuve. Les éditions originales des textes de Rabbi Kalonymus Shapiro ont paru en hébreu, depuis Ech Qodech (Le Feu saint), en 1960, à Bnéi Machavah Tova (Enfants d’une pensée bonne), en1989.  Plusieurs traductions ont paru en langue anglaise. Le livre se  compose d’un essai sur la vie et la pensée de Kalonymus Shapiro suivi d’un choix de textes extraits de Derekh Melekh (Le chemin du Roi) et de Ech Qodech (Le Feu saint) et spécialement traduits pour cette édition par Catherine Chalier.
     En 1941 le Ghetto de Varsovie comptait 445 000 personnes et le taux de mortalité y était catastrophique, suite au dénuement absolu, en particulier au manque de vivres, de vêtements et d’espace, aux maladies, tel le typhus, et aux exactions de chaque instant de la part des nazis. La situation des enfants était tout particulièrement dramatique. « La mort gouverne dans toute sa majesté, alors que la vie ne luit qu’à peine sous une épaisse couche de cendres. Cette imperceptible lueur de vie est faible, misérable, pauvre, sans le souffle de la liberté, sans la moindre étincelle de spiritualité », écrit Abraham Lewin dans son Journal le 13 septembre 1941.
     C’est pourtant sur cette étincelle de spiritualité que Kalonymus Shapiro veillera dans les conditions effroyables du Ghetto, ne cessant de donner des homélies chaque Chabbat et jour de fête afin de procurer une aide spirituelle à ceux qui l’entouraient et encourager une vie juive fidèle dans la mesure où l’atrocité des conditions d’existence le permettait.
     La résistance spirituelle dont, avec d’autres, témoigne Kalonymus Shapiro retient généralement moins l’attention que la résistance armée de l’insurrection du Ghetto qui éclata le 19 avril 1943 et qui marque tant la mémoire, pour son courage sublime et pour sa dignité sans espoir. Marek Edelman, qui fut l’un des leaders du soulèvement du Ghetto, reconnaît lui-même que l’héroïsme n’est pas l’apanage de la lutte armée. « En donnant des leçons de Torah dans ces conditions implacables et infernales, souligne Catherine Chalier, R. Kalonymus Shapiro ne désarme pas. Sa vigilance spirituelle maintenue grâce à de grands efforts et à une patience qui ne ressemble en rien à la passivité ou à la démission devant plus fort que soi, ne faiblit jamais, même quand le tourment enduré semble en passe de vaincre toute foi.
     « La résistance spirituelle ne mérite donc pas d’être tenue dans l’insignifiance comme cela arrive encore chez ceux qui, méconnaissant sa grandeur, l’assimilent à un manque de courage pour affronter la lutte armée, la seule censée compter. Elle aussi refuse l’humiliation, le mépris et l’offense ; elle aussi combat pour sauver la dignité humaine et la force de l’esprit malgré la faiblesse extrême infligée aux corps et un dénuement absolu qu’aucun secours venu de l’extérieur n’atténue.
[…] La résistance spirituelle juive prend donc également la forme d’un témoignage destiné à faire réfléchir au sens de cette humanité en l’homme. Que ce fût là, pour R. Kalonymus Shapiro, la tâche éternelle d’Israël ne fait aucun doute. L’éternité d’Israël souffrait alors une violence inouïe mais elle ne pouvait mentir. C’est là l’ultime sens de sa résistance spirituelle. »

© Copyright Editions Arfuyen 2012