Littérature Spiritualité  Alsace

Henri MESCHONNIC

Tout entier visage

Image de couverture de Pierre Soulages
Collection Cahiers d'Arfuyen n°157, 108 pages, ISBN 2-845-90069-4

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     « pas tout entier visage /  non  /  tout entier tous les visages  /  je n’arrête pas de changer /  comme un instant met au monde / son autre instant /  et j’ai du mal /  à vivre tant d’infini »
     La langue des poèmes de Meschonnic coule de source : la simplicité, le rythme même de la langue parlée, mais détournés vers une réflexion quasi obsessionnelle sur l’identité du sujet : qu’est-ce que cet espace, ce temps, ce visage, cette langue où il vit ?
     « Je suis l’autre », disait Gérard de Nerval, et Rimbaud «Je est un autre». Pas de thème qui ait davantage passionné les poètes que celui-là. Jusqu’à Guillevic qui de poème en poème se fait rocher, arbre, rivière.
     Meschonnic, qui fut proche de Guillevic, est lui aussi poète de la métamorphose : mal assuré de ce qu’il est, le voici prêt à devenir toute chose, tout être qu’il rencontre, avec un mélange de boulimie jubilatoire et d’angoisse existentielle qui sont la note profonde de son écriture. « et chaque vie je commence /  tellement je n’ai /  rien appris /  que mes yeux sont comme un ventre / une ville y entre comme rien /  il me suffit d’un désir /  et mes yeux sont des yeux monde. »
     
Thème évidemment lié aussi, chez un poète aussi conscient de la judéité, à la privation totale d’identité qui fut imposée aux juifs par l’idéologie nazie.

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