Littérature Spiritualité  Alsace

Roger MUNIER

Exode

Collection Cahiers d'Arfuyen n°90, 112 pages, ISBN 2-908-82528-7

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     « Tu règnes là-bas, te perds là-bas, infime... » Ainsi commence cet Exode de Roger Munier. Méditation en prose, dense, audacieuse, au plus près du motif.
     « Ailleurs toujours que là où nous sommes. À l'écart. Se peut-il que nous ne vivions qu'en nous gardant de toi ? Qu'en conjurant ta puissance inverse ? Mais est-ce même te conjurer que de ne pouvoir respirer que sans toi ? Aller, venir et savoir et vouloir dans l'étrange déni, que si tu t'abstiens et restes dans la distance? Nous n'avons la vue que si tu t'effaces à la nôtre – et pour qu'elle soit la vue. Nous ne touchons, saisissons, transformons que ce d'où tu t'es retiré, disparu. Nous n'avons prise que sur tes restes, tes vestiges. L'apparence même ne se lève que si tu t'écartes, afin qu'elle soit tournée vers nous. Les couleurs ne s'étalent - tout ce vert épandu et le ciel pommelé et la découpe aiguë des arbres au sortir de l'hiver, les toits en taches roses – que par ton retrait de chacune et ta fuite dans le blanc. Les bruits ne nous parviennent que parce que tu t'es fait muet... »
     La démarche de Roger Munier est toujours d'interrogation face au réel. Et son interrogation inclut les moyens mêmes de notre saisie du réel, du regard que nous portons sur lui aux mots que nous portons sur notre regard.
     Il y  a tout un inconscient de notre présence au monde dont Roger Munier se fait l'explorateur patient et exigeant. La poésie trop souvent se contente d'à peu près et de formules  incantatoires. Il s'agit ici d'élaborer un nouveau mode de conaissance, aux limites de la poésie, de de la philosophie et de l'expérience spirituelle. Le livre de l'Exode en offre ici le point de départ.
     Lisons les dernières phrases de cette longue méditation : « J'acclame ce continu qui t'abîme, aboli, comme il abîme l'apparence, car lui seul au fond l'emporte. Emporté, il l'emporte dans la fatalité du flux, exode de toujours, exode infini. Il emporte le dire, qu'il épuise comme toute chose. Il ne veut que l'adhésion nue qui néan-moins ratifie, remplissant le vide écho que l'invocation trouve en seule réponse. J'acclame donc au-delà du dire. J'adhère au d'exode qui est ta perte, mais dure en son exode, au mortel et foudroyé, mais qui ne cesse.(...) Ici s'achève en se perdant vers toi perdu dans le sans terme, aboli de toujours qui me ramènes où j'ai cru commencer. »

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