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Alâ ad-dawleh  SEMNÂNÎ

(1261 - 1336)

     Ruknoddîn ’Alâ ad-dawleh Semnânî compte parmi les grandes figures du soufisme iranien. Il est également un philosophe et un théologien de valeur, doué d’un esprit de synthèse. Bien qu’il ait rallié l’école de Kubrâ puis dirigé celle-ci en Iran (Khorasan), son œuvre très dense, en arabe et en persan, dénote l’influence combinée d’Ibn Arabî (m. 1240) pour la prophétologie et la doctrine ésotérique de l’unité (tawhîd), celle d’Avicenne (m. 1037) pour l’ontologie de l’Être nécessaire (wâjib al-wojûd), de Sohravardî (m. 1191) pour la fonction de l’imagination (khayâl) dans l’expérience visionnaire33.
     Semnânî a vécu principalement entre Semnân, sa ville natale, Shiraz et Tabriz. Il est issu d’une famille de diplomates passés au service de la dynastie des ilkhans mongols (1256-1353). Son père était gouverneur de Bagdad et son oncle un des ministres du sultan Argoun qui engagea Semnânî encore adolescent (vers 1278) pour lui servir de page et secrétaire personnel.
     L’entourage social de la cour d’Argoun, à Tabriz, était composite. Il y avait bien sûr les ministres et conseillers musulmans obligés de collaborer, mais aussi quelques docteurs chrétiens et surtout des religieux bouddhistes. Après sa montée officielle au pouvoir, en 1284, l’empereur Argoun, qui était hostile à l’islam, envoya de Bagdad un prêtre nestorien en ambassade auprès des rois de France et d’Angleterre afin d’obtenir contre la résistance musulmane à la conquête mongole. Ce fut sans succès, la papauté et les rois de l’Europe étaient déjà accaparés par les dernières Croisades contre les Sarrasins en Palestine.
     Semnânî raconte comment, à l’âge de 24 ans, alors qu’il accompagnait l’armée d’Argun en guerre contre son oncle le sultan Ahmad, devant Qazvin (en 683 de l’hégire, 1284), il fut horrifié par le spectacle du massacre et reçut en avertissement une «vision de l’autre monde» et du jugement dernier. Tombé malade et très angoissé, le jeune homme demanda et obtint bientôt la permission d’abandonner le service de l’empereur. Il quitta Tabriz, siège provisoire de la cour, pour retourner chez lui, à Semnân, et entreprendre une pieuse retraite ascétique.
     Semnânî se fit initier au soufisme par le shaykh Hasan Shakakî, comme il l’indique lui-même39. Plus tard, il compléta sa formation religieuse auprès d’Akhî Sharafoddîn de Semnan, puis de Nuroddîn Isfarayinî (m. 1317), qui lui transmirent l’enseignement de Najm Kubrâ.
     L’œuvre de Semnânî représente une somme d’herméneutique spirituelle qui développe les grands thèmes de l’ésotérisme et de la théologie du point de vue soufi. Il y traite de l’expérience visionnaire, de l’exégèse mystique du Coran, de la connaissance unitive (le Tawhîd) et des rapports entre «la prophétie et la walâya». La doctrine de Semnânî est connue essentiellement grâce à Henry Corbin, qui lui a consacré une étude magistrale et approfondie.

Ouvrages publiés aux Éditions Arfuyen

Écrits des Maîtres soufis 2  (Contribution)

 

Petite Anthologie

Ecrits des Maîtres soufis 2
traduit par Stéphane Rsupoli
(extraits)

     Traité de la Lumière divine
     de Semnânî

     Apprends mon ami – Dieu veuille illuminer ton cœur de ses saintes lumières – qu’on désigne par le mot lumière une réalité qui se connaît soi-même, qui voit et connaît directement toutes choses, et par laquelle toutes choses peuvent être vues et connues.
     Apprends encore que la Lumière absolue est un attribut exclusif de Dieu, que la lumière de la volonté est d’origine terrestre, que la lumière de la walâya est d’essence céleste, et qu’enfin toutes deux sont des attributs dérivés de la Lumière divine absolue, comme il est dit : «Dieu est la Lumière des cieux et de la terre» (24 :35). En tant qu’attribut de Dieu, la lumière de la walâya ne peut être saisie sans la lumière de la volonté qui émane de son essence.
     Voilà la raison pour laquelle Dieu a déclaré (hadîth) : «Mes habitants se tiennent sous mes coupoles, nul autre ne les connaît à part moi-même.»
     Sachant cela, apprends que la relation de la Lumière divine agissant dans le plan invisible des âmes affecte les profondeurs de l’esprit, du secret, du cœur, de l’intellect et de l’âme ; et que cette relation privilégiée de la Lumière divine agissant dans l’invisible des âmes affecte pareillement (en des correspondances entre l’âme et le corps) la vision sensible et les autres facultés siégeant dans le cerveau.
     Dans le plan visible des corps, cette même lumière a trait aux esprits des anges et aux jinns, et il est également permis de l’intepréter du rayonnement du soleil, des astres errants, des luminaires, des flambeaux et des chandelles.
     Cela afin que le pèlerin, confronté à ce qui se présente à sa perception dans le plan visible des corps, puisse élever son regard jusqu’à la contemplation des réalités invisibles recelées dans les âmes.
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