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Julius FIRMICUS MATERNUS

(? - ?)

     Né à Syracuse,  au IVe siècle, Firmicus Maternus est un écrivain latin dont nous savons bien peu de choses. Nous ne pouvons nous en rapporter qu'aux éléments qu'il nous donne lui-même dans l'ouvrage  intitulé Mathèsis ou Instruction.
     Il vécut en Sicile, sous les règnes de Constantin et de Constance II. Il fut sénateur, mais on le voit libre de toute charge dès le temps où il se met à composer la Mathèsis, entre 334 et 337. Il est alors encore certainement païen.
     Mais dans les dix années qui suivent, il se convertit au christianisme, et son ouvrage polémique Sur les erreurs des religions profanes le montre chrétien résolu, imbu d'une ardeur farouche et d'un esprit de revanche qui attristent chez un disciple de l'Évangile.
     Nous ignorons la date de sa mort comme celle de sa naissance.
     Dédiée à un grand personnage, G. Flavius Maesius Egnatius Lollianus (Mavortius est un surnom), la Mathèsis est une introduction à l'astrologie qui mène des premiers éléments aux mystères de la «Sphère barbare».

Ouvrages publiés aux Éditions Arfuyen

Trois dévots païens

 

Revue de Presse

Trois dévots païens
Antaïos (01/05/1999) par Christopher Gérard

     Heureuse itiative qu'ont prise les éditions Arfuyen en rééditant le livre ancien du P. Festugière Trois dévots païens. Firmicus - Porphyre - Sallustius. Ce grand helléniste (1898-1982), auteur de plus de septante ouvrages, dont la monumentale Révélation d'Hermès Trismégiste, s'était spécialisé dans l'étude de la religion personnelle des Anciens:  "Un certain accent pareil, de piété clame et sereine, où se mêlent, à doses inégales, l'élan vers les choses divines, la résignation aux maux inévitables, la force d'âme qui vainc la douleur. (...) Une commune persuasion que les valeurs les plus hautes sont celles de l'esprit ".
     
Les trois mystiques évoqués furent de grandes figures du Paganisme tardif. Firmicus Maternus tout d'abord, astrologue, sénateur, auteur d'un traité intitulé Mathèsis, et, hélas, du fameux De errore profanarum religionum, où, pour citer Festugière, il se montre "chrétien résolu, imbu d'une ardeur farouche et d'un esprit de revanche qui attristent chez un disciple de l'Evangile". Firmicus est en fait un renégat, un converti qui brûle ce qu'il a adoré, et notamment le Mithriacisme. Son dernier livre est un "manuel d'intolérance" (G. Boissier), dans lequel l'auteur incite les empereurs chrétiens Constance et Constant à éradiquer le Paganisme : "celui qui sacrifie aux Dieux sera déraciné de la terre". Mais avant de trahir, Firinicus a chanté Sol Invictus. Ecoutons-le :  "Soleil souverainement bon, souverainement grand, qui occupes le milieu du ciel, intellect et régulateur du monde, chef et maître suprême de toutes choses, qui fais durer à jamais les feux des autres étoiles en répandant sur elles, en juste proportion, la flamme de ta propre lumière, (...) vous enfin, fidèles compagnons du Soleil, Mercure et Vénus...".      Le second est le divin Porphyre, auteur du Contre les Chrétiens, et surtout de la Lettre à Marcella, que Festugière considère comme le testament spirituel de l'Hellénisme : "Voici en effet le fruit principal de la piété: rendre un culte à la Divinité selon les coutumes des pères, non qu'elle ait besoin encore de cet hommage, mais parce que, dans sa majesté toute vénérable et bienheureuse, elle nous invite à l'adorer. Les autels de Dieu, on ne perd rien à les servir, on ne gagne rien à les négliger, mais quiconque honore Dieu comme si Dieu avait besoin encore de cet hommage, se tient, sans qu'il s'en rende compte, pour plus grand que Dieu. Ce n'est pas la colère des Dieux qui nous blesse, mais notre propre ignorance des choses divines. La colère est étrangère aux Dieux. Car il n'y a colère que si l'on s'oppose à no vouloir; or, rien ne s'oppose au vouloir de Dieu".
     
Quant au troisième, c'est le cher Saloustios, l'ami de julien, notre empereur, et l'auteur d'un petit traité de théologie païenne Des Dieux et du Monde. Saloustios était issu d'une ancienne famille installée en Gaule depuis longtemps. Haut fonctionnaire, il sera aux côtés de Julien sur tous les fronts, jusqu'à la mort de l'autocrate. Il compose un petit  "catéchisme" à l'usage des hautes castes de l'Empire, que le Père Festugière, décidément fasciné par l'Hellénisme, a fort bien traduit : "Qu'en certains lieux de la terre il y ait des gens qui ne croient pas aux Dieux et qu'il doive y en avoir souvent encore après nous, ce n'est pas là chose propre à troubler les gens sensés. Cela n'affecte pas les Dieux pas plus que, on l'a dit, les honneurs ne leur profitent".
     
Tous nos amis se procureront ce livre à la belle couverture ivoire et qui est une parfaite initiation à la mystique païenne.

Trois dévots païens
Solaria (01/12/1999) par ---

     Poursuivant leur excellente collection "Mystiques païens", les éditions Arfuyen, qui nous avaient gratifiés, il y a 5 ans, d'un Proclus (Solaria 4, p.14), dernier grand philosophe païen, au V° siècle, rééditent à présent l'ouvrage épuisé de Festugière, d'un grand intérêt, sur les philosophes du IV' siècle. Ce siècle qui voit le basculement de l'empire dans le christianisme (Constantin), suivi de l'éphémère restauration de Julien, puis de l'interdiction définitive du paganisme, sous Théodose.
     Porphyre, un des maîtres de l'école néoplatonicienne (avec Plotin, Jamblique et Proclus) est contemporain de l'empereur Dioclétien, qui affiche ouvertement en 307 son attachement à Mithra, "protecteur de l'empire". Sa Lettre à Marcella est un condensé de sagesse antique platonique.
     Firmicus Maternus, auteur de la Mathèsis, écrivait une trentaine d'années plus tard, sous un empereur déjà galiléen. Astrologue de profession, il débute ses "Conseils de vie à un jeune astrologue" par une "Prière aux planètes" et une "Prière au Dieu suprême", contenant de brillantes invocations au Soleil, "maître de toutes choses".
     Quant à Sallustius, contemporain et ami de Julien, il est l'auteur de "Des dieux et du monde", sorte de catéchisme païen destiné à soutenir la réforme religieuse de l'empereur philosophe.
     Ces 3 oeuvres témoignent de la réelle élévation de la pensée et de l'éthique païennes ("hellènes", comme on disait alors), qui n'ont rien à envier à celles des sectateurs de Chrestos. On sait par ailleurs que les Pères de l'Eglise ont largement nourri leur théologie à ce foyer inextinguible du néoplatonisme qui nous illumine encore.

 

Petite Anthologie

Firmicus Maternus
Mathèsis

     Prière au Dieu Suprême

     Qui que tu sois, ô Dieu qui, chaque jour, fais que le ciel poursuit sa course d'un même élan rapide,
     qui prolonges indéfiniment le mouvement des flots agités de la mer,
     qui as consolidé la terre en lui donnant un fondement inébranlable,
     qui, par le sommeil nocturne, restaures les corps accablés des êtres de la terre,
     qui, de nouveau, quand on a recouvré sa force, rends le bienfait infiniment doux de la lumière,
     qui soutiens la fragilité du corps en y insufflant un esprit divin,
     qui vivifies toute la substance de ton ouvrage grâce à l'haleine salutaire des vents,
     qui fais couler les eaux des sources et des fleuves en vertu d'une nécessité que rien ne lasse,
     qui ramènes le cours divers des saisons par la marche fixe des jours,

 

     seul Gouverneur, seul Chef de toutes choses, seul Maître suprême et Seigneur,
     devant qui plie tout entière la souveraineté des puissances divines, de qui le vouloir est la propre subsistance d'une ouvre parfaite,
     dont les lois incorruptibles sont suivies par la nature qui, en vertu de cette obéissance, a conféré à tous les êtres une force de perpétuité,

     Toi, père et mère ensemble de toutes choses, toi qui, par une seule et même alliance, es pour toi tout à la fois père et fils,
     nous tendons vers toi nos mains suppliantes, nous t'adorons par l'hommage craintif de nos prières solennelles. (...)

     Vous aussi, étoiles à la course éternelle, Lune, mère des corps humains,
     
     et toi, ô prince de tous les astres, qui, chaque mois, enlèves et rends à la Lune sa lumière, Soleil souverainement bon, souverainement grand, qui, chaque jour, par la conduite bien réglée de ton pouvoir suprême, ne cesses de faire succéder création à création, grâce à qui, par une divine disposition, tous les êtres vivants reçoivent en partage une âme immortelle, qui seul ouvres les portes du séjour d'en haut, qui gouvernes à ton gré l'ordre des destinées

     pardonne, si mon discours chétif a pénétré les arcanes de ta puissance souveraine. Ce n'est pas un désir sacrilège ou l'ardeur d'une curiosité profane qui m'a poussé à cette étude, mais mon esprit, sous l'influence d'une céleste inspiration, a tenté d'exposer tout ce qu'il avait appris, pour porter jusqu'aux temples de la roche Tarpéienne tout ce que les divins Anciens ont découvert dans les chambres secrètes des sanctuaires de l'Égypte.

     Donnez-moi donc l'assistance de votre décret, et fortifiez par votre majesté mon esprit qui hésite et tremble, de peur que, privé du secours de votre divine puissance, je manque à trouver l'ordonnance de l'ouvrage que j'ai promis.

© Copyright Editions Arfuyen 2014