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Nicolas BARRÉ

(1621 - 1686)

     L’Ordre des Minimes a joué dans l’histoire de la spiritualité chrétienne un rôle non négligeable. Plus encore que pour d’autres familles spirituelles tournées vers l’humilité et le service de Dieu, l’effacement a été sa loi.
     L’Ordre compte en son sein des personnalités aussi remarquables que le grand mathématicien Mersenne (1588-1648) ou Nicolas Barré (1621-1686), «un des saints de ce temps-là, écrivait l’abbé Bremond, que nous ne désespérons pas de voir sur les autels».
     Nicolas Barré est né à Amiens en 1621 et mort à Paris en 1686.
     Entré dans l’ordre des Minimes à Amiens en 1640, il devient prédicateur et directeur spirituel.
     Envoyé à Rouen en 1659, il y jette les bases d’un institut original, consacré à l’éducation dans les milieux populaires : les Sœurs de l’Enfant-Jésus. Sans vœu ni clôture, il les veut totalement vouées à leur action apostolique : faire grandir les enfants à l’image de Dieu.

Ouvrages publiés aux Éditions Arfuyen

Le Cantique spirituel

 

Revue de Presse

Le Cantique spirituel
Bulletin Critique du Livre Français (01/01/2004)

     Curieuse destinée que celle du Cantique spirituel de Nicolas Barré. Le manuscrit, sans date, est conservé aux archives départementales de Rouen. Il fut probablement rédigé lors du séjour que fit l'auteur dans cette ville, c'est-à-dire entre 1659 et 1675, mais jamais édité jusqu'en 1994, date où les éditions du Cerf publient les Œuvres complètes de ce mystique, membre de l'ordre des Minimes. Serait-ce la méfiance des théologiens à l'égard des mystiques, à la fin du XVIIe siècle, qui explique un aussi long silence ?
     Fondé au XVe siècle par François de Paule (Paola), disciple de François d'Assise, l'ordre des Minimes a l'apostolat pour visée. Il n'en reste pas moins que N. Barré fut d'abord théologien, en charge de la bibliothèque du couvent de la place Royale à Paris : sous l'influence de religieux comme le père Mersenne, le correspondant mathématicien et physicien de Descartes, cette bibliothèque comptait jusqu'à quinze mille volumes. Son inventaire permet de pressentir la culture religieuse de l'auteur : Jean Tauler, disciple de Maître Eckhart dont les Minimes avaient entrepris la traduction en 1587, Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, le Pseudo-Denys l'Aréopagite qu'il cite explicitement. Il semble cependant que N. Barré ait connu la difficile expérience qui va «jusqu'à l'agonie, le blasphème et l'abandon de Dieu» (lettre 54), cette tentative d'exprimer l'inexprimable, la rencontre de l'âme avec Dieu.
     De manière inattendue, aucune des quarante-six strophes que compte le poème ne fait référence au Christ. D'autres textes, pourtant, soulignent qu'il faut aller à Dieu «par Jésus Dieu-Homme» (Maximes spirituelles pour toutes sortes de personnes désireuses de la perfection, n° 153) mais il s'agit ici de «cette contemplation obscure / qui ne se peut dire ou savoir» (strophe 14). Il s'agit aussi d'un état de pure passivité où l'âme est déprise d'elle-même. Elle n'aboutit pas pour autant à un repliement sur elle-même mais à un agir sous l'impulsion de «la flamme qui anime nos volontés» (strophe 45).
     Cette orientation est confirmée par ce que l'on sait de la vie de Nicolas Barré, initiateur d'un courant éducatif pour les enfants du peuple et fondateur d'écoles populaires à Rouen d'abord, puis à Paris. L'ouvrage comporte aussi une dizaine de lettres à des religieux ou des laïcs, choisies pour la liberté, la largeur de vue qui les caractérise. On ne peut donc que se féliciter de voir ces textes sortir d'un oubli de plusieurs siècles.

Le feu de Nicolas Barré
Famille Chrétienne (18/03/2005) par Maryvonne Gasse

Des oraisons et des lettres. C'est le trésor que nous laisse l'auteur du Cantique spirituel. Nicolas Barré (1621-1686), frère Minime, y exprime le feu de sa courte vie, avec tout l'absolu d'un maître spirituel et des accents empruntés à l'école rhénane : «Ni lumières, ni connaissances, ni goût, ni vue, ni saveur, ni privilège, ni faveur mais pur être à Dieu par essence», écrit-il sous forme de poème.
     «Ne faites aucun retour sur vous-même, conseille-t-il à une moniale. Afin que vous marchiez dans une grande simplicité dans la voie de la perfection.»
     
Tout simple mais si profond !

 

Petite Anthologie

Le Cantique spirituel
(extraits)

Elle est sans yeux, elle est sans vie, 
     elle n’a plus de sentiment,

De désir, ni de mouvement.
      Hors d’elle-même, en Dieu ravie,

Mais ravie d’une façon 
      dont il ne se fait point leçon      

Dans tous les traités de l’extase. 
      ce n’est plus un ravissement                     

Qui violente et qui embrase :
      c’est un anéantissement.     

*

Elle est, et Dieu est avec elle.
      C’est tout qu’elle subsiste en soi

Sans qu’elle sente plus d’émoi 
      par distinction actuelle.           

Plus en elle ni moi, ni mien, 
      plus en elle d’elle, mais rien.

Plus que Dieu dans son fond intime. 
      C’est lui qui est son firmament.               

Mais pour elle, elle est son abîme 
      et Dieu seul est son fondement.
 

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