Ouvrages publiés aux Éditions Arfuyen
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Petite Anthologie Règles de la vie quotidienne
(extraits) Le seul moyen d’être fort c’est de ne jamais subordonner ce que l’on est, c’est-à-dire ce que l’on pense, ce que l’on dit ou ce que l’on fait, à une préoccupation particulière ou à une fin temporelle. C’est à elles de me suivre et non pas à moi de les suivre. Garder un juste milieu entre la froideur et l’exaltation, c’est-à-dire la perfection de ces deux états à la fois. Ne jamais s’appliquer à des problèmes posés du dehors et par autrui, mais toujours à des problèmes posés du dedans et par nous-même. Et dans la mesure ou cela est possible, soit dans l’ordre de la connaissance, soit dans l’ordre de la conduite, ne pas poser, ni se poser de problèmes. Ne jamais parler de soi, ne jamais penser à soi. Cela divertit et affaiblit. Toute pensée, toute action doit être orientée vers un objet et avoir cet objet pour fin. Tenter toujours de demeurer planté au sommet de soi-même, là où sont nos pensées les plus hautes et nos intentions les plus pures. Rester familier à la fois dans ses paroles et dans ses actions avec deux ou trois pensées essentielles dont tout le reste dépend. Et quand on en a retrouvé le contact, tout faire à la nature. Il faut agir toujours avec une libre spontanéité, ce qui n’est possible, car autrement la réflexion ne cesserait de nous troubler, que si notre action prend naturellement sa source dans les plus hautes parties de nous-même. Il faut être souple comme une liane, mais comme elle, impossible à rompre, et doux comme une surface parfaitement polie, mais parfaitement dure. Ne s’appliquer jamais qu’à de grandes choses, ou aux petites en fonction des grandes, et jamais pour elles-mêmes. Et les grandes sont celles qui intéressent ma vie tout entière et contribuent à déterminer le sens de ma destinée. Il faut que l’esprit soit toujours en éveil, qu’il ne se laisse ni endormir par la paresse ou par la mémoire, ni divertir par la crainte ou par le désir, qu’il ne laisse jamais s’introduire en lui aucun intervalle qui le sépare de lui-même, qu’il n’y ait en lui ni formule qu’il répète ni habitude à laquelle il se confie, qu’il ignore également le passé et l’avenir, qu’il soit toujours prêt à écouter et à accueillir tout ce qui s’offre à son attention, soit qu’il sorte de son propre fonds, soit qu’il lui vienne du dehors. La force la plus grande c’est de retrouver sur les points les plus essentiels, dans toute leur lumière, les affirmations les plus communes de l’humanité. Elles demeurent des formules vaines et banales si elles ne jaillissent pas du fond de nous-même comme si c’était nous-même qui les avions inventées. Il faut qu’il nous semble à la fois que nous les avons toujours sues et que nous les rencontrons pour la première fois. Mais il est stérile de commencer par les prendre du dehors en croyant qu’il est possible ensuite de les ranimer en leur donnant une sorte de chaleur d’emprunt. N’avoir de regard que pour le dedans et non pas pour le dehors, pour ce qui est, non point pour ce qui doit être, et abolir ainsi la considération de toutes les fins. Et ce qu’on appelle fin, au lieu d’être l’objet de la volonté doit être la suite d’une disposition intérieure dans laquelle on est établi, et qui nous suffit. |