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Revue de Presse
Rivage mobile
Mensuel littéraire et poétique (01/12/2003) par Alain Suied
Michael Edwards, professeur au Collège de France, spécialiste de Shakespeare, auteur d'études sur Geoffrey Hill (qui reçut récemment le Grand Prix des Biennales de Liège – et j'eus l'honneur de faire partie du Jury) et sur Beckett, propose aux inventives et ardentes éditions Arfuyen, un ensemble de ses poèmes qui sont donnés en anglais et... osera-t-on dire en «traduction»... ? Pas tout à fait car l'auteur les a réécrits en français !
Une très belle aventure de langue ! Illustré par un tableau de John Sell Cotman, l'ouvrage aborde des thèmes majeurs : le corps, la nature, la loi... «L'esprit mesure la distance de l'exil» : une «autre voix» se donne à entendre en nous et dans le monde – dont nous devons déchiffrer la lointaine et mystérieuse vérité.
Le recueil est aussi la rencontre de deux univers éloignés, incompatibles, peut-être – mais essentiels, la poésie française et la poésie anglaise. Leur «rencontre» produit un recueil original et vibrant.
Texte © Tous droits réservés
Rivage mobile
Nouvelle Revue Française (01/06/2004) par Gérard Bocholier
Michael Edwards a d'abord écrit les poèmes de Rivage mobile (Arfuyen, 2003) en anglais, sa langue maternelle, puis les a traduits en français, en modifiant parfois sensiblement, nous avoue-t-il, le texte initial. Son amour pour les langues ne s'arrête pas à ce jeu d'appels et d'échos entre anglais et français. Il se révèle aussi par son goût d'une «langue barbare sortie de la poussière / d'Afrique» ou pour celui d'une «langue de feuilles». C'est en effet une autre langue qu'il veut ici proférer, étrange, archaïque, langue des métamorphoses, des animaux qui sont «plus proches du divin».
Les animaux trouvent leur chemin dans la nuit du non-savoir,
Les ailes au vent, le museau dans les feuilles du sous-bois,
Ils héritent la terre.
Leur âme est dans leurs sens : ils passent dans la nôtre.
C'est aussi la langue de tous les appareillages, de ces départs palpitant déjà des mystères qui les attendent. Michael Edwards sait remarquablement les suggérer par des tableaux ou des visions suspendues, dignes de Magritte.
Au milieu du fleuve
La terre en mémoire s'enfonce
Dans le sombre de la lumière.
L'autre rive
Est invisible.
Un frisson dans les vagues,
Le souffle du vent.
Texte © Tous droits réservés
Rivage mobile
Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques (01/06/2005) par J.-P. Jossua
Sans attendre la section poésie de ce bulletin, je regroupe avec ces essais un volume de poésie de Michael Edwards, tout à fait intéressant en ce qui concerne la question infinie et disputée du passage de la poésie d'une langue à l'autre. Des poèmes ont été écrits en anglais; en regard on peut lire ce que donne leur écriture – non leur traduction – en français ; parfois cette seconde création a rejailli sur la première.
Il faut mettre à part un premier ensemble de poèmes très attachants écrits autour du départ d'une maison et d'un nouvel avenir ouvert; cette section s'achève par deux beaux poèmes discrètement confessants : les images liminaires s'y multiplient pour suggérer l'Illimité qui attend.
La seconde partie du livre, de beaucoup la plus longue, est faite de poèmes plus divers dans leur inspiration et leur prosodie, inévitablement inégaux en français, mais dont certains méritent à eux seuls une lente découverte du volume.
Texte © Tous droits réservés
Rivage mobile
La Traductière (01/07/2005) par Max Alhau
Il est rare qu'un poète puisse écrire son ouvre en deux langues et sans en être le traducteur. A propos des poèmes de Rivage mobile, Michael Edwards déclare en avant-propos : "Je les ai repensés comme si je devais les composer directement en français." Et d'ajouter : "Je suis venu aussi, parfois, à modifier ou à récrire entièrement le poème anglais." Etranges sont les pouvoirs de la langue, de la poésie ainsi conçue. C est a la version française que nous nous intéresserons ici.
Dans Rivage mobile, la poésie de Michael Edwards est celle d'un homme qui jette sur le monde, sur les êtres un regard souvent teinté d'esthétisme, en ce sens qu'il épure sa vision par des perspectives artistiques. D'une jeune fille, il écrit : "Tu es reprise encore / Par les ténèbres de la nuit, / Dont tu es l'oeuvre aussi. Tu n'es / Que pierre et bonne pour la terre, que marbre / Uni où a logé le rêve." De là cette volonté d'arracher la réalité à son poids, de se livrer à une sorte de métamorphose de la Nature à laquelle le poète qu'est Michael Edwards accorde la plus grande attention. Car la Nature offre à ses yeux différentes vertus, notamment celle de se fondre dans la nature humaine, d'où la perspective d'une démarche au cours de laquelle toutes deux sort mêlées. D'où aussi chez le poète et le contemplateur un désir de isba entre des éléments antagonistes qui aboutirait à une vision unique du monde/ Michael Edwards peut alors écrire : "A travers le voile / D'un or de gloire / et d'un bleu fictif / Immensité / De ténèbres et de lumière."
Dans les poèmes de ce recueil, il est aisé de remarquer l'importance que Michael Edwards accorde à la lumière, terme qui va de pair avec celle de la beauté, avec l'amour. Cependant il ne faudrait pas en déduire que le monde est organisé en fonction de la domination de l'homme. La vision du poète est parfois tempérée d'un pessimisme envers l'humanité et c'est en termes nuancés qu'il exprime ses doutes : la fable lui permet d'avancer cette idée. A propos des animaux, il écrit :
Patients, ils attendent, dans nos bois, dans nos jungles,
Dans les lueurs changeantes, de nos couleurs, de nos mots,
Ce qu'ils n'ont pas encore vu, les vrais hommes.
On ne saurait être plus clair.
Rivage mobile est l'oeuvre d'un poète qui s'efforce d'appréhender le monde en artiste du langage. De celui-ci il connaît les pouvoirs et le mystère. Les deux langues ici employées permettent de renforcer ces deux notions.
Texte © Tous droits réservés
Petite Anthologie
Rivage mobile
Grimace
Ne crains-tu que vienne aussi l’autre autre,
Qui s’insinue dans le sombre œsophage,
Seigneur d’une parole plus vieille que mémoire
Cachée dans la caverne fourrée de la bouche,
Savant à déjouer tes meilleurs desseins,
À l’affût pour envahir d’une voix désireuse
Et faire résonner dans l’air d’été
Le chœur irrésistible des arbres,
Le chant du cygne des bois?
Les animaux
Les animaux trouvent leur chemin dans la nuit
du non-savoir.
Les ailes au vent, le museau dans les feuilles du sous-bois,
Ils héritent la terre.
Leur âme est dans leurs sens : ils passent dans la nôtre.
Les élans défoncent les vitrines des magasins d’Ottawa.
Les taupes font frémir les murs en papier au Japon.
Les vaches blanches de Stoneleigh s’assemblent
sur la colline au tournant de la route
Pour offrir aux automobilistes la vision fugace d’un Cuyp.
Paisibles, le pied sûr, ils sont plus proches du divin.
Arbres qui tremblent d’effroi. Pierres qui s’ouvrent
À la douleur de l’affection.
Patients, ils attendent, dans nos bois, dans nos jungles,
Dans les lueurs changeantes de nos couleurs, de nos mots,
Ce qu’ils n’ont pas encore vu, les vrais hommes.
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