Littérature Spiritualité  Alsace

Marché de la Poésie 2013 : 6-9 juin, place Saint-Sulpice

     Le 31e Marché de la Poésie se tiendra du jeudi 6 juin à 13 h au dimanche 9 juin 2013 à 20 h, place Saint-Sulpice, 75006 Paris. Les Éditions Arfuyen, qui ont participé au Marché de la Poésie presque depuis l'origine, y seront présentes (STAND 216-218) et se réjouissent de pouvoir vous y rencontrer.
     Pour illustrer l'importance de cet événement, on citera l'intéressant entretien donné l'an passé par Vincent Gimeno, directeur du Marché de la Poésie, à ArtsLivres : « Le nombre de librairies qui font un véritable travail de libraire autour de la création littéraire sont de moins en moins nombreux, une centaine tout au plus et en étant généreux, à comparer aux quatre à cinq cents qui existaient dans les années 1980. Aujourd’hui, la plupart des librairies se contentent d’un simple travail de marchands de livres, et non d’un travail de libraire. […] Si environ 40% des éditeurs participants sont parisiens, d’autres viennent de province, souvent de lieux reculés. Près du quart sont étrangers : belges, canadiens et suisses, mais aussi allemands, espagnols et latino-américains. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps et l’énergie de développer la présence d’autres pays, comme en Afrique... La participation d’éditeurs québécois est importante, et imposante : ils sont là depuis une vingtaine d’années. […] Notre rôle n’est pas de faire du chiffre en nombre de visiteurs, mais dans la qualité des visiteurs, par laquelle, et c’est essentiel, ils assurent un chiffre d’affaire. En effet, tout secteur comme le nôtre a besoin d’une activité économique pour survivre, qui est environ la moitié du travail, l’autre étant le contact avec les auteurs, les éditeurs et le public. »

 

Jounée d'étude « Alain Suied » à l'Université de Strasbourg le jeudi 7 février 2013

     Une Journée d'étude « Alain Suied » est organisée le jeudi 7 février 2013 par l'Université de Strasbourg (Faculté des Lettres, Le Portique, 14 rue Descartes, 67000 Strasbourg). C'est la première fois que cette œuvre majeure fait l'objet d'un travail de recherche et de communication pluridisciplinaire. 
     Alain Suied (1951-2008), déclarent les organisateurs, est un poète auquel il est urgent de consacrer une journée d’étude, à la fois parce qu’il reste encore trop méconnu et parce que son œuvre de poète et de traducteur est l’une des plus riches qui soit. Alain Suied est né en 1951 à Tunis dans une famille juive qui s’est installée à Paris alors que le poète n’avait que huit ans. Poète précoce, Alain Suied a vu un de ses premiers poèmes publiés en 1968 dans la prestigieuse revue L’Éphémère et son premier recueil le Silence en 1970 au Mercure de France. Très vite il a trouvé le double rythme sur lequel s’est construite son œuvre : publication régulière de livres de poèmes et de livres de traductions de l’anglais (Dylan Thomas, John Keats et William Blake en particulier). Parallèlement il n’a cessé de réfléchir sur l’œuvre de Paul Celan et a publié en 1988 Kaddish pour Paul Celan. Ses poèmes de 1973 à 1983 ont été réunis sous le titre La lumière de l’origine qui a reçu le prix Verlaine. Son livre Le premier regard a reçu le prix Charles Vildrac en 1995. Depuis, son œuvre, marquée par son intérêt pour les philosophes de l’École de Francfort et pour la psychanalyse, a été publiée en grande partie aux éditions Arfuyen. Il a été lauréat du Prix Nelly Sachs pour l’ensemble de ses traductions. La revue Nu(e) lui a consacré son numéro 31 qui éclaire de façon décisive les différentes facettes de son œuvre.
     Dirigée par Michèle Finck, Pascal Maillard et Patrick Werly, la journée d’étude du 7 février 2013 sera bâtie autour de sept communications (Béatrice Bonhomme, Pierre Brunel, Andrew Eastman, Michèle Finck, Sophie Guermès, Pascal Maillard) qui mettront en relief la diversité de l’œuvre. Le programme s'établit comme suit :
– 9 h : Introduction par Madame le professeur Béatrice Guion.
– 9 h 15 - 9 h 45 : Ouverture
–  9 h 45 - 10 h 15 : Michèle Finck (Université de Strasbourg) : « Que peut le poète selon Alain Suied ? »
– 10 h 15 - 10 h 45 : Discussion et pause
–  10 h 45 - 11 h 15 : Sophie Guermès (Université de Brest) : « Poèmes du gouffre et du souffle »
– 11 h 15 -11 h 45 : Béatrice Bonhomme (Université de Nice) : « L’amour filial, l’éveil et l’enfantement dans la mort »
– 11 h 45 - 12 h 15 : Discussion
– 14 h 30 - 15 h : Pierre Brunel (Université de Paris IV Sorbonne) : titre à préciser
– 15 h - 15 h 30 : Pascal Maillard (Université de Strasbourg) : « Figures de l’Autre dans la poésie d’Alain Suied »
– 15 h 30 - 16 h : Andrew Eastman (Université de Strasbourg) : « Alain Suied, traducteur de Blake »
– 16 h - 16 h 30 : Discussion
     De 18 h à 19 h 30, salle d’évolution du « Portique » : mise en voix de poèmes et de traductions d’Alain Suied par les étudiants de L’Atelier de création poétique de la Faculté des Lettres, avec la participation du poète Jacques Goorma.

 

Les 8es Rencontres Européennes de Littérature

     TRADUIRE L'EUROPE - 8es Rencontres Européennes de Littérature aura lieu à Strasbourg du vendredi 15 au samedi 23 mars 2013. Cette manifestation est organisée par l'Association Capitale Européenne des Littératures (ACEL), la Ville et Communauté Urbaine de Strasbourg et l'Université de Strasbourg, avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication (CNL et DRAC) et de la Région Alsace (OLCA).
     Sa première séquence, « La passion des langues » (vendredi 15 - samedi 16 mars), sera centrée sur le thème de l’Europe et de la traduction. L’invité d’honneur en sera le grand essayiste franco-anglais George Steiner, qui en prononcera la Conférence inaugurale aux côtés de Cécile Ladjali et Pierre Hartmann. Hommage sera rendu à la littérature de Russie, avec Vladimir Makanine, Prix européen de Littérature 2012, et Christine Zeytounian-Beloüs, Bourse de Traduction 2012 de ce Prix. Né en  1937 à la frontière du Kazakhstan, Vladimir Makanine (ci-contre photo J. Sassier), romancier et nouvelliste, est largement considéré comme l'un des derniers classiques de la littérature russe. Son texte le plus cénèbre Le Prisonnier du Caucase sera présenté dans la salle Bernard-Marie Koltès par Cécile Perricione et Antoine Hamel, comédiens de la troupe du TNS. Sous le titre « L'archipel du Goulag : témoins de l'indicible », l'écrivain Luba Jurgenson évoquera les grands écrivains de la résistance russe, de Chalamov à Grossmann, de Guinzbourg à Soljenitsyne, dont les textes seront lus par le comédien Philippe Morier-Genoud. Deux tables rondes auront lieu à la librairie Kléber : l'une, animée par Jean-Baptiste Para, directeur de la revue Europe, autour de George Steiner, Vladimir Makanine, Luba Jurgenson, Cécile Ladjali et Christine Zeytounian-Beloüs ; l'autre autour de trois grands traducteurs : Christine Zeytounian-Beloüs, Danièle Robert, lauréate 2012 du Prix de traduction Nelly Sachs et Christophe Carrraud, directeur de la revue Conférence.
     Deuxième séquence, « Le français en partage » (vendredi 22 - samedi 23 mars), sera centré sur la coexistence entre langues dominantes et langues locales, au niveau des régions, de la francophonie ou de l’Europe. Le romancier et essayiste Velibor Colic dialoguera avec Antoine Spire. Un vaste hommage sera rendu à l’œuvre de la franco-argentine Silvia Baron Supervielle, Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2012, essayiste, romancière et poète. Parallèlement à de nombreuses interventions de l'écrivain, une exposition de dessins et gravures de Geneviève Asse (cf Un été avec Geneviève Asse,1996) sera présentée à la galerie Chantal Bamberger. La magie de Buenos Ayres sera évoquée à travers les textes de ses plus grands écrivains lus par Fred Cacheux, comédien au TNS, et accopagnés au bandonéon par Juanjo Mosalini. Le patrimoine trilingue de l’Alsace sera honoré à travers le dramaturge et poète Émile Storck (1899-1973), traduit pour la première fois en français par le Cercle Émile Storck dans le cadre du Prix du Patrimoine Nathan Katz 2012.
     Les Rencontres Européennes de Littérature avaient l'an passé lancé, en marge de «Traduire l'Europe», un ensemble de manifestations sur la région, la « Périphérie des Rencontres ». Cet ensemble de manifestations affirme cette année sa vocation par une extension plus large dans l'espace (Région, mis aussi Allemagne et Suisse) et dans le temps (de mars à octobre 2013), par une programmation plus ambitieuse et clairement structurée et par l'adoption d'un  nouveau nom : « Écrire l'Alsace». Organisé en relation avec les médiathèques et les centres culturels, avec l'université de Haute-Alsace et les lycées, avec les librairies et les associations, ÉCRIRE L'ALSACE 8es Rencontres Européennes de Littérature se répartira cette année en deux grands cycles : « Avec Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957) » à l'occasion du centenaire de sa naissance et « Avec Émile Storck (1899-1973) » pour marquer la redécouverte de son œuvre. Site officiel : http://www.prixeuropeendelitterature.eu – Contact : Secrétariat Général 06 74 08 39 39.

 

RHIN MYSTIQUE : les 700 ans de la Mystique rhénane

     La mystique rhénane naît à Strasbourg en 1313 grâce à la rencontre de Maître Eckhart avec une foule de moniales, béguines et laïcs, tous soucieux de vivre une authentique vie spirituelle. Pour marquer cet anniversaire, le Rhin mystique, animé par le P. Rémy Vallejo, op, dans le cadre du diocèse de Strasbourg et du Centre Emmanuel Mounier, organise en ce printemps 21013 un ensemble d'événements. 
     « Vive flamme et étincelle de l‘âme : du désert de Jean Tauler au château intérieur de Thérèse d’Avila. » Grâce aux traductions latines du chartreux Laurent Surius, les sermons de Jean Tauler (1300-1361), arrivés en Espagne dès 1548, influencent les écrits de Jean de la Croix (1542-1591) et inspirent l’œuvre de Thérèse d’Avila (1515-1582). Accompagné aux ondes Martenot, ce « concert-lecture  » offre de découvrir une étroite consonance entre le disciple de Maître Eckhart et la Madre. Le samedi 23 mars  à 20 h 30, à Strasbourg, Église Saint-Thomas.
     « Le Maître et Marguerite : du bûcher de la béguine à l’étincelle divine de Maître Eckhart. » Jugée et condamnée par l’Inquisition, Marguerite Porète fut brûlée à Paris en 1310. Depuis son séjour parisien,Maître Eckhart (1260-1327) a gardé le souvenir de cette béguine, en particulier lors de son propre procès à Cologne puis en Avignon entre 1326 et 1328. Accompagnée par les ondes Martenot, cette « lecture-concert » propose de revenir à la source d’inspiration du fondateur de la mystique rhénane.Le vendredi 5 avril à 20 h 30, à Strasbourg, dans la crypte de la Cathédrale.     
     « Voyage au fond de l'âme : correspondances mystiques, baroques et romantiques. » 
Inspiré par la postérité de la mystique rhénane dans les arts, ce concert-lecture, interprété par le Quatuor Florestan, ouvre un chemin inattendu de correspondances entre Maître Eckhart (1260-1361), Jean Tauler (1300-1361), Jean-Sébastien Bach (1685-1750), Caspar-David Friedrich (1774-1840), Félix Mendelssohn-Bartholdi (1809-1847) et Robert Schumann (1810-1856). Le vendredi 19 avril à 20 h 30 à Guebwiller, aux Dominicains de Haute-Alsace, et le vendredi 3 mai à 20 h 30 à Strasbourg, en l'église du couvent des dominicains.
      « La vie rêvée des sœurs d’Unterlinden : Fioretti dominicaines de la vallée rhénane. » La tradition dominicaine, comme la tradition franciscaine, a elle aussi, ses fioretti. Inspirée de la Vita sororum d’Unterlinden, des Nonnenvitae de Töss, des Lettres de sœur Christine Ebner et des Légendes de Maître Eckhart, cette « lecture-concert », accompagnée au luth et à la flûte, donne de découvrir l’univers secret et merveilleux des sœurs dominicaines de la vallée rhénane au XIVe siècle. Le dimanche 9 juin à 16 h 00, à Orbey, Monastère des dominicaines.

 

Au Collège des Bernardins, « Sacerdoce commun et sainteté des baptisés » par Éric de Clermont-Tonnerre

     Le P. Éric de Clermont-Tonnerre, ancien provincial des dominicains et directeur général des Éditions du Cerf, donnera au Collège des Bernardins (20, rue de Poissy, 75005 Paris) de février à mai 2014 un cours public sur le thème Sacerdoce commun et sainteté des baptisés. Cet enseignement fera une large place au message novateur de Marie de la Trinité sur ce thème de première importance pour l'Église d'aujourd'hui et de demain.
     Le plan général de  cet enseignement sera le suivant : 1) L’appel universel à la sainteté : lecture des documents conciliaires notamment Lumen Gentium et Sacrosanctum Concilium. 2) Le sacerdoce des baptisés : Lecture des documents conciliaires concernés. Sources scripturaires. Histoire de la notion de sacerdoce des baptisés. Enjeu pour l’Église d’aujourd’hui. 3) L’apport original de Marie de la Trinité. Présentation de Marie de la Trinité son expérience et son œuvre. Le sacerdoce personnel du chrétien. Filiation, sacerdoce et sainteté du baptisé. 4) Une sainteté à vivre en Église. La sainteté de l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. La sainteté des fidèles laïcs. La sainteté des religieuses, religieux et des consacrés. La sainteté des ministres ordonnés (évêques, prêtres et diacres). L’Eucharistie et la mise en œuvre commune du sacerdoce des baptisés. Les sacrements et la sainteté des baptisés.

 

Le premier numéro de la revue L'Hôte

     La revue L'Hôte vient de publier son premier numéro. En une période, hélas, fort avare de nouvelles heureuses du côté des revues littéraires, il convient de signaler et de saluer une telle naissance, qui ne recevra pas – et ne revendique nullement – le tapageux concours des « trompettes de la renommée ». 
     D'une austère blancheur, la  couverture de la revue porte ces seuls mots : « L'Hôte, esthétique et littérature». En épigraphe de l'éditorial, cette phrase de Flaubert : « Enfin la condition première du Beau, c'est l'unité dans la variété, voilà le principe. [...] L'application trop exacte du Vrai nuit à la Beauté, et la perception de la Beauté empêche le Vrai. Cependant, sans idéal pas de Vrai... » (Bouvard et Pécuchet).
     Nous reproduisons ici l'éditorial de Didier Ayres « L'Hôte ? C'était l'interrogation qui me poursuivait et qui m'a fait avancer jusqu'au premier numéro de la revue qui paraît aujourd'hui. Voilà, j'ai cherché un moyen simple de partager avec les autres et inviter quelques personnes, parfois proches, parfois lointaines, à parler d'un sujet important pour chacun. J'ai donc agi comme un hôte afin de saisir par l'écrit les états d'âme de tous ces contributeurs que je remercie. C'est de cette façon patiemment – et comme sous un vrai charme spirituel – qu'a pris naissance la revue, dans son format en papier, berceau sensuel de toutes ces paroles. On me disait un jour que le texte était le fruit et que le lecteur était le mangeur, et je crois que c'est vrai. De cette appétence, plusieurs auteurs se sont rassemblés autour d'un festin de mots, d'un vocabulaire, d'épithètes et d'idées. II y a donc ici comme la consommation d'un banquet, et nous convions dejà pour le numéro suivant à paraître avec un rythme annuel. »
     Le Comité de rédaction de la revue est constitué de Yasmina Mahdi, Ivan Darrault-Harris et Didier Ayres. Pour contacter la revue, l'adresse est la suivante : 27 rue Lucien Dumas, 87200 Saint-Junien. Ou par courriel : didier.ayres@free.fr Parmi les contributeurs du premier numéro (dont le prix est de seulement 5 euros !) : Gabrielle Althen, Pierre Auriol, Didier Ayres, Sylvia Bagli et Giampaolo Gotti, Ivan Darrault-Harris, Yasmina Mahdi et Gérard Pfister.

 

La mort de Jean Mambrino

     Notre ami Jean Mambrino nous a  quittés. Nous reproduisons ci-après le bel article publié par le journal La Croix le lundi 1er octobre. 
     « L'œuvre de Jean Mambrino est l'une des plus importantes de la poésie française de ces dernières décennies, à la fois par sa variété, son abondance et sa singularité. II est mort le 27 septembre à Lille, à 90 ans.
     ''La poétique de Jean Mambrino se situe d'emblée dans la ligne de celle des écrivains qui cherchent à traduire la réalité dans ce qu'elle a d'essentiel, la présence de l'être en ce qu 'il a de plus authentique et de plus pur''
, disait de lui le jésuite Claude Tuduri, lors d'une conférence en juin 2010 sur les jésuites et la littérature. De fait, Jean Mambrino a su toute sa vie concilier sa vie de jésuite et de poète reconnu : il avait reçu en 2004 le Prix de littérature francophone Jean-Arp pour l'ensemble de son œuvre. Il vient de mourir, à Lille, le 27 septembre.
     « Né à Londres en 1923 d'ancêtres florentins, andalous et champenois, Jean Mambrino a vécu à Londres jusqu'à l'âge de 7 ans, puis à Paris. Après le Service du travail obligatoire comme bûcheron en Dordogne, où il restera jusqu'à la Libération, il étudie les lettres, la philosophie et la théologie, puis intègre la Compagnie de Jésus en 1954. À Londres, où il séjourne fréquemment, il fait la connaissance de T. S. Eliot et de Kathleen Raine. Il entre ensuite en contact avec Jules Supervielle et René Char, ainsi qu'avec Henri Thomas, André Dhôtel et Georges Simenon. Ses poèmes commencent à paraître dans la revue italienne Botteghe oscure, dans les Cahiers du Sud et à La Nouvelle Revue française.
Pendant quinze ans, Jean Mambrino est à Amiens puis à Metz, comme professeur de lettres et de langue anglaise, tout en animant une troupe de théâtre. Il a d'ailleurs eu pour élève, à Metz, l'un des grands dramaturges français contemporains, Bernard-Marie Koltès. Durant toute cette période de sa vie, il ne publie rien, si ce n'est un recueil de poèmes sous le titre Le Veilleur aveugle (Mercure de France, 1965). Revenu à Paris en 1968, Jean Mambrino est chargé d'assurer la critique littéraire et dramatique de la revue Études.
     « Il publiera un second recueil en 1974, dans la collection de "La Petite Sirène" fondée par Louis Aragon. Sa poésie, simple dans sa forme, trouve son originalité dans ses riches évocations symboliques de la nature. "La poésie, écrivait Jean Mambrino, est un langage silencieux qui efface ses propres traces, pour qu 'on entende ce que les mots ne disent pas." D'autres recueils suivront, notamment Clairière (1974), Sainte Lumière (1976), et L'Oiseau-Cœur (1979) qui reçoit le prix Apollinaire, puis Le Palimpseste ou les dialogues du désir (1991), N'être pour naître (1996), et plus récemment Les Ténèbres de l'espérance (2007) et Grâce (2009). Jean Mambrino est également l'auteur d'ouvrages stimulants sur la littérature : Le Chant profond, Lire comme on se souvient et La Patrie de l'âme » (Claire Lesegretain).

 

In memoriam : à mon professeur de lettres Jean Mambrino

     Gérard Valin a été élève de Jean Mambrino en 1963 lorsqu'il était professeur de lettres au collège Saint-Clément à Metz. À la nouvelle de sa mort, il a tenu à rédiger un long texte d'hommage qu'il nous a adressé. Avec son autorisation nous sommes heureux de pouvoir en reproduire des extraits.  
     « …Il y a un lien entre la peur, cette peur-là et le voyage, cette peur qui est un plaisir, cette peur qui est ouverture – il n’y a pas initiation sans ouverture – cette peur qui est le contraire de la sécurité, cette fausse sécurité dans laquelle la plupart des hommes vivent, dans laquelle nous vivons comme des dormants, cette sécurité qui est sclérose, qui est mort, qui est refus du changement, qui est enkystement, qui est repli, qui est retour en arrière » (Jean Mambrino, Nice, 5 mai 1979).
     Vous étiez notre professeur de français, en classe de première. Vous mettiez alors votre forme physique et intellectuelle éblouissante au service d’une classe de garçons de quinze à seize ans de ce vénérable collège de Jésuites où avaient étudié le Maréchal Foch et tant d’autre. Du haut de votre solide quarantaine, vous haranguiez, dès le petit matin, notre trentaine d’adolescents aux paupières lourdes, avec de vigoureux : « Réveillez-vous les p’tits gars ! » : tout un programme ! […] Dans cette ville au rude climat, vous nous apportiez la lumière, toujours renaissante, de votre enthousiasme au service des grands auteurs de la littérature française ou étrangère. Vous n’aviez pas encore publié votre premier recueil de poèmes, qui date de 1965, mais beaucoup devinaient que vous écriviez, pour vous-même et pour les autres. Ainsi les lecteurs d’Esprit avaient-ils pu découvrir, dès 1961, votre ardente méditation : « Patience du soir », composée à la veille du Vendredi Saint de l’année précédente. La revue Esprit devait par la suite faire une large place aux commentaires accompagnant votre œuvre. Comment en effet ne pas partager ces grâces de perception lumineuse, de magies de l’instant, de participations aux frémissements du monde qui animent votre oeuvre poétique ? La poésie procédait pour vous d’une expérience authentique, d’une Erlebnis : celle-ci engageait nécessairement corps et esprit, à la rencontre des autres, si ce n’est de l’Autre.
     Votre éclectisme culturel nous a permis de découvrir le message des vitraux de Chagall dans la Cathédrale de Metz ou encore la divine chapelle de Le Corbusier à Ronchamp, sans oublier les rythmes endiablés du Sacre du printemps. Votre enseignement était une initiation au respect de la beauté, sous ses différentes formes d’expression. Son fondement prenait sa source dans le partage de l’émotion de l’artiste dont il s’agissait de déceler le cheminement intérieur. Pour les acteurs en herbe, vous animiez aussi un atelier de théâtre et le ciné-club sous l’étonnant pseudonyme de « Max » qui donnait lieu aux plus folles conjectures !
     Comment oublier votre extraordinaire recueil consacré à la Poésie mystique française publié chez Seghers en 1973 ? On y côtoyait cette étrange cohorte des « pèlerins de l’absolu » avec qui vous traciez votre route, secrètement, sous le ciel Lorrain. Vous vous révéliez proche d’Albert Béguin, directeur d’Esprit jusqu’en 1957 et auteur de l’admirable Âme romantique et le rêve. Je m’en souvenais avec reconnaissance, ayant soutenu en 1972 une thèse de doctorat sur « Novalis et Henri Bosco, deux poètes mystiques» devant un jury qui comptait Jean Onimus, votre ami de Nice. […]
     Je vous rendais souvent visite au 15, rue Monsieur, où, dès le premier coup d’œil, le planisphère d’Air France dégageait l’horizon. À cette époque, vous étiez fort occupé par votre apostolat auprès des acteurs et des artistes ; je songeais à vos encouragements pour voir le Phèdre de Racine au théâtre de Metz, alors que certains d’entre nous rêvaient d’aventures plus concrètes auprès de la gente féminine… Les exigences du monde culturel, mobilisaient alors beaucoup de votre énergie. Vous vous dépensiez sans compter pour animer les rubriques de la revue Études qui s’intéressaient aussi bien au théâtre qu’au cinéma et à la littérature. Vous collaboriez aussi régulièrement aux Cahiers du Cinéma, avec des préférences non dissimulées en faveur de Renoir, Rohmer, Truffaut ou encore de Verneuil. Vous viviez alors au rythme intense de vos activités créatrices : celles-ci ne pouvaient s’épanouir sans un intense dialogue spirituel avec vos contemporains, en France comme à l’étranger. Vous n’alliez pas tarder à être récompensé, par la publication de vos recueils de poèmes aux titres magnifiques : Sainte LumièreL’Oiseau-Cœur, Ainsi ruse le mystère, Le mot de passe,…
     Vous m’aviez fait le délicat cadeau d’animer, chez moi, en 1981, une soirée autour de L'Oiseau-Cœur avec un petit groupe littéraire d’anciens H.E.C. qui n’avaient pas encore tout sacrifié à Mercure. Un rappel de vaccin au festival d’Avignon, ma ville natale, trompait parfois leur sommeil. (À SUIVRE) (© Gérard Valin, Éditions Arfuyen).

 

In memoriam : à mon professeur de lettres Jean Mambrino (suite)

     En 1985, José Corti publie Le chant profond, votre commerce intime avec certains des auteurs qui vous sont les plus chers. Au-delà des clivages, vous réussissiez, non sans risque, à réunir sous votre houlette spirituelle des personnalités aussi opposées que Thomas Mann et Céline, Singer et Jünger… Je retrouvais d’autres écrivains qui m’avaient séduit lors de mes premières lectures messines : Delteil, Dhôtel, Giono, Lowry, Ponge, Simenon… À travers, mais surtout au-delà du talent de l’écriture, vous saviez apprécier, chez chacun, les traces cachées du silence de l’âme : elles seules permettent l’accès aux expériences de vie les plus vraies, à la recherche des deux mondes que relient les forces de la prière. Ce superbe ouvrage n’épuisait pas, il s’en faut de beaucoup, vos affinités électives qui comptaient en particulier : Bourbon Busset, Char, T. S. Eliot, Green, Supervielle, Teilhard de Chardin. Au sommet de votre galaxie littéraire trônaient sans conteste Dostoïevski et Rimbaud et un peu plus bas, Claudel.
     Bernard-Marie Koltès, plus jeune que moi de six mois, avait fait partie de vos élèves de Saint-Clément. C’est sans doute lui qui a le mieux répondu à vos aspirations d’« éveilleur de vocations ». Sa mort prématurée en 1989, à 41 ans, nous a privés de l’épanouissement d’une production théâtrale extraordinairement féconde, construite sur des approches très personnelles. Sa lettre à Hubert Gignoux, Directeur de la Comédie de l’Est, du 14 janvier 1970 en témoigne : « Je veux dire que, profondément persuadé que le théâtre « ignorant » – permettez moi de préférer ce mot à celui d’amateur – peut atteindre une perfection par le fait même de son ignorance, je veux tenter l’expérience de l’élaboration par des éléments techniquement inexpérimentés d’un spectacle utilisant précisément leur inexpérience à des fins scéniques » ! (texte cité par Brigitte Salino dans son excellente biographie publiée en 2009). Cela aboutira aux surprenants : Roberto Zucco ou encore Tabataba, savoureux fruits d’une liberté de création, ouverte sur le monde par l’écriture, que vous admiriez tant et que vous aviez sans aucun doute suscitée.
     Vos publications vont s’enchainer régulièrement de 1980 à 2010 suivant la progression de votre vie intellectuelle et spirituelle à la lumière d’inspirations toujours plus profondes. Citons pêle-mêle, et entre autres : Le palimpseste ou les dialogues du désir, L’aube sous les paupières, L’abîme blanc, L’Hespérie, pays du soir, Comme un souffle de rosée bruissant, Les ténèbres de l’espérance, sans oublier les ambitieuses traductions des poèmes de Hopkins (Grandeur de Dieu). Vos dernières œuvres seront publiées par l’excellente maison alsacienne Arfuyen.
     Ceux qui vous ont connu, et lu depuis longtemps, ont vu effleurer dans votre oeuvre des références, de plus en plus fréquentes, à la mort. Ainsi, en reprenant vos nombreux ouvrages qui peuplent ma bibliothèque, je retrouve avec émotion des textes grâce auxquels je crois encore entendre votre voix, rapide, chaleureuse, amicale. […] « Qu’as-tu à me donner ? / Sans ton accueil, je manque à ma mission. Je dois / Passer à l’intérieur de toi pour rendre justice / À ce qu’on m’a fourni. Je sais que tu appelles au fond. / Il faudrait que ton appel se vide de son avidité, / Afin de nous rencontrer, devenir, enfin amis / Et grâce à la solitude atteindre la communion. / Par qui nous sommes créés » (L’Hespérie, pays du soir, 2000).
     Merci, Jean, et pour ne pas conclure, comme tu aurais dit, permets-moi, cher Max, mon Éveilleur, de te tutoyer, lorsque le soir de la vie abolit toute distance, pour évoquer, à ton intention, tes dernières paroles sur la tombe de Bernard-Marie Koltès : « Que le chant des Anges te portent à ton suprême repos » (© Gérard Valin, Éditions Arfuyen).

 

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