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Hommage à la poésie

Durant des années, au fil de ses lectures, l’éditeur Gérard Pfister a collecté un grand nombre de définitions de la poésie. Fondateur des éditions Arfuyen, poète lui-même, il a aussi interrogé ses auteurs : comment définir la poésie ? Voici le résultat de ses enquêtes.

Selon une phrase empruntée à Guillevic, « La poésie, c’est autre chose », reprise ici en titre, voici en 230 pages « 1001 définitions de la poésie », à travers le temps, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, à travers les pays et les continents. Une anthologie donc, et un guide qui déroule le tapis volant des langues, des inspirations, des textes qui composent ces Mille et une nuits de la poésie à travers tant de pages et d’expressions, de tempéraments et de styles, pour atteindre à l’essentiel.

Certains poètes sont parfois réservés, lorsqu’on leur demande de hasarder une définition de leur travail, et l’on peut être tenté de souscrire à la réponse de Federico Garcia Lorca écrivant à un ami : « Tu comprendras qu’un poète ne peut rien dire de la Poésie. Laisse cela aux critiques et aux professeurs. » Où la majuscule au mot poésie traduit l’humilité de l’artiste devant son art... En ce sens, la définition « La poésie, c ’est autre chose » – si bien formulée par l’auteur de Terraqué – laisse le champ libre à toute recherche ou interprétation, en même temps qu’elle stimule une synthèse des mille et une propositions ici collectées.

En une dizaine de chapitres menés avec allégresse, le commentateur nous propose un chemin de ronde de la question : selon des thèmes élus, qui vont de la connaissance à l’émotion, de l’affirmation à la musique, de la vie à la révélation – sans oublier l’objet, le réel, ni... la licorne, bien entendu, ni Orphée, modèle de l’aède. Il y a quelque chose d’optimiste, un souffle revigorant à retrouver tous ces noms connus depuis l’école ou bien nos premières lectures, retrouver ou découvrir ces oeuvres, ces créations par le langage de tant de visions et d’univers — de projets pour une existence à la hauteur de nos aspirations et de nos illusions. Écoutez l’Alsacien Maxime Alexandre : « La poésie, c’est la lutte contre l’usure, non seulement l’usure des mots, mais à l’occasion de cette usure-là, celle de toute notre vie. » Message de sauvegarde en même temps qu’espérance...

Dans cette enquête menée avec clarté, érudition et bonne humeur, Gérard Pfister cite bien entendu ceux dont l’autorité s’impose, comme Novalis, Paul Valéry, Max Jacob ou Reverdy. Mais il rend justice également à des poètes trop souvent oubliés, tels Georges Perros, ou Léon-Paul Fargue – tous deux ayant par leurs travaux, chacun selon son registre, largement contribué à effacer cette frontière entre prose et poésie. Pas de poésie, d’ailleurs, si les mots sur la page ne nous inspirent pas cette « émotion centrale » que distingue René Daumal, et que ce livre nous propose en partage. Alors, retour aux sources, aux poèmes du monde entier ou à ceux que l’on a choisis, et qu’ils chantent non seulement dans nos mémoires, mais dans nos cœurs.