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Hommage à l’Absent

 Après Adam dans sa « clôture heureuse », formidable interprétation du Premier homme (Arfuyen, 2004), Roger Munier s’interroge sur le silence de Dieu.
 Une citation de Mère Térésa en préface donne le ton : « On me dit que Dieu m’aime – et pourtant la réalité des ténèbres, du froid et du vide est si grande que rien ne touche mon âme ». Qui dit absence dit aussi attente d’une possible manifestation. Épris de spiritualité, l’auteur ne conteste pas l’existence de Dieu, il va « enquêter » sur « la mort du Dieu des hommes » et se penche en aphorismes aussi brefs que profonds sur ce Dieu qu’un monde brutal a mis à mort.  Pour un psaume rassemble en un petit volume dense quelques pensées pour rendre hommage à l’Absent. Confrontant l’éphémère – les cycles de la nature et la vanité humaine à une vérité plus haute –, Roger Munier ne cherche pas à faire la morale. Sage lorrain retiré dans les Vosges, il a mieux à faire. Il observe : « La goutte n’est goutte, un instant scintillante, que si elle tombe ou va tomber ». Ce sont là des phrases simples mais qu’il faut remâcher pour en apprécier la saveur : « Le poteau qui signale la route au voyageur, lui-même ne bouge pas ».  L’auteur ne reproche pas son silence à Dieu. Il l’interprète et lui trouve des circonstances atténuantes puisque selon lui, « Comme l’arbre ne se sait qu ’en étant l’arbre, Dieu ne se sait qu’en étant Dieu ». Dieu serait donc insaisissable à l’humble mortel puisque l’homme est incapable de prouver son existence, engoncé qu’il est dans le monde tangible. Dieu n’étant pas une enseigne lumineuse et clignotante, l’auteur le cherche donc en aveugle, supposant « qu’on ne le trouve peut-être pas autrement ». […]