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Etty HILLESUM

(1914 - 1943)

Esther Hillesum (dite Etty) est née le 15 janvier 1914 à Middelburg (Pays-Bas) dans une famille juive non pratiquante. Son père, Louis Hillesum, est professeur de langues anciennes, sa mère Rébecca est née en Russie.
En 1932, Etty commence des études de droit à Amsterdam et étudie le russe. Elle s’installe en 1937 dans la maison d’un comptable, Han Wegerif, veuf, dont elle devient la maîtresse. Le 10 mai 1940, les Pays-Bas sont envahis. Le père d’Etty est démis de ses fonctions. Sur 140 000 juifs néerlandais, 104 000 seront assassinés. Le 3 février 1941 Etty consulte pour la première fois Julius Spier. Elle commence peu après à tenir son journal.
En juillet 1942, Etty présente sa candidature comme membre du Conseil juif, puis pour travailler au service des personnes placées en transit au camp de Westerbork. Elle y effectue quatre séjours, entre lesquels elle vient reprendre des forces à Amsterdam.
Le 5 juin 1943, elle confie ses cahiers à l’une de ses amies. Assignée à résidence au camp, elle est embarquée avec les siens sur un train le 7 septembre. Elle meurt à Auschwitz le 30 novembre 1943. 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Etty Hillesum, « histoire de la fille qui ne savait pas s’agenouiller »

REVUE DE PRESSE

In memoriam Etty Hillesum
Dernières Nouvelles d’Alsace (07/02/2007), par Nathalie Chifflet

 Un petit mémorial d’Etty Hillesum, aux éditions Arfuyen, associe Dominique Sterckx, Claude Vigée et Charles Juliet : trois lectures du chemin d’intériorité de cette bonté native au coeur infernal de la Shoah.
 Bien longtemps après la publication de l’oeuvre diariste d’Anne Frank, connue dès l’immédiat après-guerre, paraissait, au début des années 1980 aux Pays-Bas, le journal intime d’Etty Hillesum, une jeune fille juive d’Amsterdam, morte à Auschwitz en 1943, à 29 ans, Une Vie bouleversée. Le Seuil, qui le publia en français en 1985, lui adjoignit, dix ans plus tard, les Lettres de Westerbork écrivant la « détresse criante » de ce camp de concentration néerlandais, « les nuits atroces, entassés à plusieurs sur les châlits de fer, des nuits sans sommeil à écouter les enfants qui pleurent, à ressasser la même question : pourquoi ne reçoit-on à peu près aucune nouvelle des milliers et des milliers de gens qui sont partis d’ici ? ». Etty Hillesum l’avait su, elle s’y préparait avec l’aide de Dieu : « Bien sûr, c’est l’extermination complète ! Mais subissons-la du moins avec grâce. »
 Une Vie et les Lettres sont à la fois rangés à la documentation de l’histoire, à la littérature et à la foi. C’est à ces deux derniers aspects de l’oeuvre diariste et épistolaire d’Etty Hillesum, qui cria le miracle de la vie jusqu’au bord du précipice, que se consacre le petit mémorial que lui dédient les éditions Arfuyen, en leur collection des Cahiers spirituels. C’est un ouvrage collectif, dont il ne faudra pas craindre de distorsion exégétique : sous le titre Etty Hillesum, histoire de la fille qui ne savait pas s’agenouiller, il donne lecture très personnelle, et ainsi assumée, de ce destin qui s’en remet à Dieu quand la nuit gagne sur le jour.
 Le Père Dominique Sterckx analyse le développement de la conscience religieuse et l’expérience de Dieu d’Etty Hillesum, à l’aune de huit de ses prières. Un cheminement mystique, qui va de pair avec un quiétisme abyssal et une immense compassion, un altruisme radical et une droiture insoutenables en ce moment génocidaire. Singulière quête d’un bonheur spirituel au pire moment d’un destin juif qui l’accable !
 Claude Vigée lit avec émotion ces lignes perturbantes écrites avec le feu et le sang en temps d’apocalypse, et conçoit que la quête de béatitude et de beauté menée au coeur même de ces ténèbres puisse être considérée avec scandale. Mais ce message d’amour à la fois humain et divin, « ce cri de fidélité inconditionnelle à la vie crânement assumée », au fond de l’abîme de la Shoah, tout cet excès faisant coïncider les puissances de l’esprit et des sens, ce sont là, dit-il, « les qualités majeures d’un écrivain ». « L’art poétique » que Vigée reconnaît à Etty Hillesum se confond, note-t-il, « avec celui de survivre au-delà du présent mortifère grâce au don de sa parole ».
  « Etty était un véritable écrivain », s’écrit Charles Juliet en son hommage qui clôt ce petit mémorial. Du jour où il lut pour la première fois Une Vie bouleversée, Etty Hillesum est devenue son amie, et cette amie ne l’a plus quitté, qui « avive en nous ce que nous avons de meilleur ». Une vie bouleversée, en effet.

Etty Hillesum, histoire de la fille qui ne savait pas s’agenouiller
Zazieweb (25/06/2007), par Sahkti

 Quel merveilleux ouvrage que celui-ci. Que je conseille vivement à tous ceux que Une vie bouleversée a émus.
 Liliane Hillesum, dernière parente de Etty, nous parle de sa famille, de ces années difficiles, nous présente le personnage de Etty et sa formidable générosité.
 Une introduction touchante, sensible, qui amène joliment les huit prières extraites du journal de Etty et analysées par D. Sterckx avec beaucoup de justesse et d’empathie. Tous ces messages que Etty Hillesum a échangés avec Dieu, ces conversations, ce don de soi si magnifique...
 La vision de la responsabilité de Dieu peut surprendre, Etty lui pardonne, elle veut le consoler, elle sait qu’il ne peut pas tout assumer ni changer les choses, il doit se sentir mal, voire malheureux, face aux agissements barbares de sa création. Un Dieu dédouané ? Non, pas forcément, car Etty Hillesum se montre en même temps exigeante. Elle accepte de l’aider mais lui demande tout de même (voire elle exige par moments) de lui accorder la force suffisante et nécessaire pour le faire. Donnant donnant. Ce rapport de force créant l’égalité offre un recul particulièrement important à Etty pour affronter les horreurs qui l’entourent et j’aime beaucoup cette approche quasi laïque du rapport avec Dieu. Dieu qui devient humain et n’est plus considéré comme un surhomme, au contraire.
 Il y a aussi énormément de dignité dans ces prières écrites par Etty qui sait que l’issue sera fatale et s’en trouve renforcée, par tout l’amour qu’elle va encore pouvoir donner avant l’ultime départ. Quel respect elle inspire...!
 Des repères biographiques et historiques, dont un bel hommage de Charles Juliet, complètent cette riche analyse.
 Au final, une plongée, une de plus, dans l’univers grandiose de Etty Hillesum, un être extraordinaire qui fait du bien, tellement de bien.

Histoire de la fiile qui en savait pas s’agenouiller
- (06/01/2008), par Nelly Carnet

 Le livre édité par Arfuyen nous offre une sélection de huit prières extraites du journal intitulé une vie bouleversée écrit entre 1941 et 1943 par une jeune femme juive hollandaise, Etty Hillesum, juste avant de connaître le destin de la majorité des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Ces prières sont analysées par Dominique Sterckx suivies de deux interventions de Claude Vigée et de Charles Juliet, tous les deux lecteurs du journal et des lettres d’Etty Hillesum. Celle-ci leur est devenue si proche qu’ils finissent par l’appeler par son prénom. À eux trois, ils parviennent à nous offrir une image complète de la personnalité d’Etty Hillesum. Ce livre a été également édité en « hommage filial puisque Liliane Hillesum est (la) proche cousine » de l’éditeur.
 La préface rédigée par celle-ci retrace la situation historique et familiale des Hillesum tout en dressant quelques traits de caractère bien trempé d’Etty qui annonça une femme moderne dans le sens d’une libre-penseuse responsable de la vie. Au fil de son journal, on constate que les deux dernières années de sa vie sont vouées à la compassion et au dévouement total.
 La première partie consacrée à la lecture des prières met bien en évidence cet aspect de la personnalité d’Etty à travers tout un « itinéraire » car « une vraie prière ne saurait être intemporelle. Elle témoigne de la vie intérieure d’une personne à un moment de son histoire ». Son « itinéraire » « est un chemin de recherche, et de découverte de soi-même et de Dieu inséparablement ». Ses séjours dans le camp de transit de Westerbork pour soutenir tous ceux qui allaient être envoyés dans des camps d’extermination, puis son retour définitif dans ce même camp avant de connaître Auschwitz, la modifient dans son être intérieur tout en la révélant à elle-même. Etty repousse la haine nazie dont elle devient à la fois spectatrice et destinatrice pour ne porter que l’amour pour son prochain. Elle se tourne vers son humanité avec la nécessité de vivre l’instant présent de tout son être. Les souffrances rencontrées et celles qu’elle vit dans sa chair mais en sachant les transcender vont l’obliger à mettre de l’ordre en elle. Ainsi poursuit-elle une voie qui lui fut indiquée par son ami Julius Spier, psychothérapeute de vingt-neuf ans son aîné, quelques mois seulement avant de fréquenter le camp. Par un travail sur elle-même, elle parvient à trouver une harmonie entre son être et soi corps en passant par une spiritualisation de son rapport au monde et aux autres. Ses adresses à Dieu sont celles d’un être qui cherche à l’écouter en soi. Dieu représente l’équilibre, la compréhension et la sagesse incarnés et révélés. Ainsi une fois l’équilibre et la force humaine trouvés, elle peut se permettre de soutenir ses compatriotes et de faire face elle-même à la monstruosité d’un ennemi redoutable. Elle ne va pas cesser d’alimenter la part bonne et l’optimisme face à la souffrance quotidienne. Ses écrits montrent une évolution vers la charité. Elle se donne de plus en plus à Autrui. « Les gens sont parfois pour moi des maisons aux portes ouvertes », écrit-elle. La bonté est en elle et il s’agit d’une force divine.
 En cela, Juliet se retrouve dans ce personnage parce qu’Etty Hillesum est un être d’empathie et la cruauté nazie n’a fait que développer ce trait psychologique. L’intolérable l’a enrichie lui permettant de se découvrir dans une joie indicible en contradiction même avec le tragique de la situation historique. Elle offre son Etre à tous ces autres désespérés qui vivent dans le couloir de la mort. Elle porte secours, observe les moindres détails des humains. Sa force est telle que rien ne semble pouvoir la détruire. Elle va jusqu’à espérer un avenir où les hommes ne pourront plus connaître ces atrocités, Juliet insiste sur la part tragique de l’existence de cette jeune femme dont l’énergie est décuplée dans les pires instants de sa vie.
 De son côté, Claude Vigée réhabilite une âme juive « après un demi-siècle de silence total ». Il restitue bien la vie, la pensée et l’action de cette femme, qui a fini par apprendre à prier adoptant le précepte d’Hillel l’Ancien des Principes des Pères mis en exergue : « Là où il n’y a pas d’êtres humains, toi, efforce-toi d’être un homme ».
 S’il utilise les mots les plus crus pour désigner la réalité du temps et les bourreaux qui font vivre celle-ci à des milliers de juifs, il leur oppose l’unique mot combatif, celui de Dieu qui ne fut jamais prononcé par Etty avant qu’elle ne connaisse cette situation sans issue. Celle qui fut élevée très loin de la religion « redécouvre » la Bible « au fond de l’abîme de la Shoah ». C’est aussi en guise de message impératif visant le présent et la nécessité de réaffirmer une certaine éthique que Vigée s’est plu à se pencher sur la si forte personnalité de cette femme. Il dit de son énergie qu’elle « nous soutient encore aujourd’hui dans notre combat intérieur quotidien ». L’engagement de Vigée rejoint celui d’Etty Hillesum. Au regard de ses écrits, il a su retracer l’historique, les aspects psychologiques et moraux d’Etty ainsi que le vécu de sa brève existence.

Etty Hillesum au secours de Dieu
Journal des Tournelles (01/01/2009), par Jacques Éladan

 Devant une œuvre d’une intensité spirituelle exceptionnelle, l’exégète consciencieux doit s’effacer devant l’auteur en le citant au maximum et en se contentant d’entourer les citations d’éclairages sur le contexte de leur énonciation. C’est ce qu’ont bien compris C. Juliet, D. Sterckx, et C. Vigée qui ont participé au recueil d’hommages : Etty Hillesum, « histoire de la fille qui ne savait pas s’agenouiller », paru récemment avec une préface de Liliane Hillesum, la seule rescapée de la famille Hillesum, disparue dans la shoah.
 Née en 1914 à Middleburg aux Pays-Bas, Etty Hillesum a fait à partir de 1932 des études de droit et de russe, tout en menant une vie hédoniste. Les persécutions antijuives à partir de l’occupation des Pays-Bas en mai 1940 par les nazis, l’ont bouleversée au point de consulter le psychochirologue Julius Spier qui devint son amant et son guide spirituel, quoi qu’il fût de 27 ans son aîné. En juillet 1942, elle 6 demandé de travailler comme membre du Conseil juif au camp de transit de Westerbork où elle tint un journal qu’elle confia à une amie chrétienne avant sa déportation à Auschwitz où elle périt le 30 novembre 1943. Ce journal n’a été publié en néerlandais qu’en 1981 et traduit en français en 1985 sous le titre : Une vie bouleversée. C’est de cet ouvrage que le père D. Sterckx a tiré huit prières reproduites dans sa contribution dans laquelle il met en lumière l’originalité de la foi d’Etty qui a affirmé que c’est à l’homme à aider Dieu et non l’inverse : « Ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider. » Il s’ensuit que : « Dieu n’a pas à nous rendre compte pour les folies que nous commettons. »  C’est aussi sur cette vision innovante de la foi que C. Vigée a axé son étude Secourir Dieu dans la shoah, dans laquelle il cite souvent Etty dont il compare l’épreuve à celles de Jérémie et Job ainsi qu’au sacrifice de B. Fondane et de J. Kortchak qui ont choisi de partager le sort de leurs proches déportés, alors qu’ils pouvaient échapper à la déportation. Enfin C. Juliet évoque l’émotion ineffaçable suscitée par la découverte d’Une vie bouleversée et explique pourquoi cette œuvre imposée de « vivre avec exigence ». Ce recueil d’hommages fervents rend très proche la voix précieuse d’Etty Hillesum qui nous exhorte à savoir garder, même en temps de détresse, le sens du divin et de l’amour.

PETITE ANTHOLOGIE

Etty Hillesum,
"histoire de la jeune fille qui ne savait pas s’agenouiller"
(extraits)

 Prière du dimanche matin. Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit pour la première fois, je suis restée éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh, une broutille : je me garderai de suspendre au jour présent, comme autant de poids, les angoisses que m’inspire l’avenir ; mais cela demande un certain entraînement. Pour l’instant, à chaque jour suffit sa peine. Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance.
 Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider - et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres.
 Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour. Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous. Il y a des gens – le croirait-on ? – qui au dernier moment tâchent à mettre en lieu sûr des aspirateurs, des fourchettes et des cuillers en argent, au lieu de te protéger toi, mon Dieu. Et il y a des gens qui cherchent à protéger leur propre corps, qui pourtant n’est plus que le réceptacle de mille angoisses et de mille haines. Ils disent : « Moi, je ne tomberai pas sous leurs griffes ! » Ils oublient qu’on n’est jamais sous les griffes de personne tant qu’on est dans tes bras. Cette conversation avec toi, mon Dieu, commence à me redonner un peu de calme. J’en aurai beaucoup d’autres avec toi dans un avenir proche, t’empêchant ainsi de me fuir. Tu connaîtras sans doute aussi des moments de disette en moi, mon Dieu, où ma confiance te nourrira plus aussi richement, mais crois-moi, je continuerai à œuvrer pour toi, je te resterai fidèle et ne te chasserai pas de mon enclos.