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Héraclite, penseur âpre et solitaire

 Héraclite est-il moins obscur depuis que se sont penchés sur ses Fragments tant de traducteurs, de penseurs, de philosophes, de poètes ? Ou bien garde-t-il précieusement son secret, que chacun avec des outils différents tente de percer ? Préservons en l’Ephésien cette part indispensable à chacun pour avancer sur le chemin qui tantôt fait signe, tantôt dévoile.
 Si Roger Munier a traduit le Fragment 101 par "je me suis cherché moi-même", Simonne Jacquemard propose "je me suis moi-même mis en question". La largeur d’un pied d’homme (Frag. 3) sépare les deux énoncés. Ou la taille du soleil pour rester dans les repères de celui qui n’était ni un prophète, ni un vagabond, ni un passeur d’âmes ; sans doute un manipulateur de belles formules sybillines. Ou bien un jongleur de paradoxes, ou un conteur comme Simonne Jacquemard dans cet ouvrage.
 Elle nous apporte une nouvelle traduction tout en inscrivant son personnage dans un contexte pouvant lui convenir. Elle reconstruit son Héraclite comme on construit un temple, avec amour et raison.
 Nous sommes à Éphèse, proche d’une certaine aristocratie, cela semble certain. De nombreuses clés pendent au trousseau de l’histoire : Artémis, Crésus, la Grèce, l’Égypte, le feu, le désert,... tout cela dans le désordre. Zarathoustra n’est pas bien loin, ni les mystères des grandes initiations, par exemple. Ce monde a fait bon accueil à Héraclite : un mystique, un prospecteur ? Dans une belle formule Simonne Jacquemard écrit : "Il apparaît presque sans points de repères, comme s’il était né lui-même, sans patrie etpourrait-on dire, sans dieux."
 Elle signale aussi que dans sa pensée on retrouve des thèmes proches des maîtres orientaux, taoïstes, bouddhistes Zen. Une même chose existe et n’existe pas : "Dans les mêmes fleuves nous entrons et n’entrons pas. Tout comme nous existons et n’existons pas"(Frag. 49a).