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Henri Meschonnic, « en chemin de lumière »

 Henri Meschonnic nous a habitués à une poésie joyeuse et grave, soucieuse en permanence d’écarter lieux communs et malentendus grâce à un doux jeu sur les mots. Polir une humanité qui naîtrait belle et franche d’une parole libre et sincère, transformer en don ce qui semble au départ un exercice solitaire de l’écriture, telle semble la tâche...
 Non pas que soit donnée une harmonie préétablie (« notre vie est en travaux / tout nous est dans un désordre / J’ai l’air avant les paroles », Tout entier visage, p.60). Il s’agit bien plutôt d’affiner notre sens de la langue (« plus il ya de / silence dans un mot plus il / va loin sous le bruit », p.61, ou : « se taire n’est pas assez / parler est de trop / je me cherche entre les deux », p.66). La sensation, la perception même sont l’endroit d’un travail (« partout où je me tourne je / ne dois pas bien voir je ne / vois pas ce que je vois je vois / la joie de tout voir malgré / tout » p.39). Plus profondément, le sentiment du temps joue en faveur du poème, ainsi que la réception d’autrui, l’être-avec-autrui plus justement :
 pas tout entier visage
 non
 tout entier tous les visages
 je n’arrête pas de changer
 comme un instant met au monde
 son autre instant
 et j’ai du mal
 à vivre tant d’infini...
 (p. 38)
 Et la terre coule exploite la même veine avec le même bonheur : « l’instant est notre travail » p.72 ; « seul je ne suis pas entier », p. 81 ; « nous sommes en chemin / de lumière », p.54. Funambulisme, marelle, cloche-pied, l’esprit d’enfance anime la poésie d’Henri Meschonnic. Si toute évidence a son revers, c’est le revers qu’on choisira. Et non pas s’y tenir : sauter d’une idée à l’autre, visiter une famille d’idées fondamentales et réversibles qui ont nom parole-silence, moi-l’autre, un-tous, passé-avenir... Mais le jeu n’est qu’apparent, sous la naïveté affleure la pensée, dans la conscience de ce que parler veut dire.
 A-t-on assez souligné que le travail poétique et celui accompli par Henri Meschonnic en matière de traduction de l’hébreu biblique sont inséparables ? Le poète s’est imprégné de la fine fleur de l’esprit de ces textes vénérables et, sans négliger d’autres figures tutélaires (Lévinas par exemple), son poème s’en trouve tout épanoui.