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Henri Meschonnic (1932-2009)

 Henri Meschonnic s’est éteint le 12 avril, laissant une œuvre très importante. Il n’a cessé d’enrichir son œuvre, abondante et polymorphe, de nombreux ouvrages touchant à des genres divers : théorie du langage, poésie, traduction de la Bible. C’est ainsi qu’en quelques semaines il a publié un essai, Dans le bois de la langue, la traduction du quatrième livre de la Torah, Dans le désert, et deux recueils poétiques, De monde en monde et Parole rencontre.
 Dans le bois de la langue est une synthèse magistrale des travaux sur la théorie du langage, le rythme et la poétique de la traduction, publiés depuis près de quatre décennies par Meschonnic, qui a toujours établi une relation intime entre la création poétique, la traduction et la théorisation. C’est cela qui lui a permis d’établir une théorie du langage reconnaissant le « rôle stratégique du langage dans toute société et dans toute représentation de la société ».
 Meschonnic considère comme essentielle « l’interaction transformatrice » entre la poétique, l’éthique et le politique. Cette pensée du langage est liée au primat du rythme découvert par Meschonnic lors de sa traduc-tion de la Bible hébraïque. C’est parce qu’ils ont ignoré le « tout rythme de la Bible hébraïque » que la plupart des traducteurs bibliques n’ont cessé d’helléniser, latiniser, rabbiniser ou franciser le texte hébraïque, faisant ainsi de leurs versions des « effaçantes » de l’original.
 Ces idées sont parfaitement illustrées par la traduction du quatrième livre de la Torah, publiée par Meschonnic sous le titre Dans le désert, qui correspond au titre hébreu Bamidbar traduit habituellement par « Nombres ». L’attention prêtée au rythme a mené Meschonnic à voir dans ce livre la « litanie de l’accompagnement du divin dans cette histoire ».
 Ce désir de tout poétiser se retrouve dans le recueil De monde en monde, qui célèbre la communion avec l’aimée, et avec tous les êtres : « C ’est qu ’il y a de mon visage / dans tous les visages ». Meschonnic a réussi à renouveler les thèmes connus de la poésie de la célébration grâce à un langage inouï, comme s’il savait capter « des paroles en train de naître » pour dire l’émerveillement de l’être au monde. À ce ton festif s’oppose la tonalité de Parole rencontre, composé de poèmes retrouvés, datant pour la plupart de la guerre d’Algérie à laquelle Meschonnic a participé pendant huit mois en 1960. L’évocation de cette guerre a ravivé les souvenirs plus lointains de l’enfant traqué.