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Henri Le Saux, un moine chrétien à l’écoute des Upanishads

 Dom André Gozier rend ici hommage au cheminement spirituel d’un bénédictin qu’il n’a pas personnellement connu mais qui a l’accompagné de ses premières années de vie monastique jusqu’à maintenant : Henri Le Saux vivait son immersion en milieu hindou, se plongeant dans les Upanishads, devenant Swami Abhishiktananda, « un pionnier du dialogue interreligieux ».  Nulle présentation ici de sa vie ou de sa synthèse « théologique » mais une présentation des passages des Upanishads qui ont le plus inspiré ce bénédictin atypique. La démarche est heureuse pour proposer à un grand nombre une première approche des plus grands et anciens textes, parfois cryptiques, de l’expérience religieuse de l’humanité. Ne sont pas abordés ici les problèmes immenses de traduction. Évidemment, il ne s’agit pas d’une analyse de l’herméneutique des textes ; Le Saux en fait spontanément une lecture chrétienne (voir p. 104). La conclusion cite un connaisseur de l’Inde disant que l’abbé Jules Monchanin a vu plus juste que Le Saux (p. 101).
 Mais tout lecteur pourra avantageusement, s’il ne les connaît déjà, se confronter à un des sommets de l’expérience humaine. Ne citons ici que deux courtes sentences extraites de la Mundaka Upaniskad : « Nous sommes la flèche, l’arc, l’archer tout à la fois. » « OM est l’arc, l’âme est la flèche. Brahman est le but. Il faut le percer à coup sûr. Et s’y unir comme la flèche à la cible. » (MU II, 2, 4, cité p. 80. NB : une autre traduction, celle de M. Buttex, est plus subtile : « Om est l’arc ; l’âme est la flèche ; et Brahman est la cible. Il ne peut être atteint que par un viseur infaillible. Pour cela, on doit devenir un avec lui, la cible, tout en devenant la flèche. »)
 Il y a de quoi méditer, pour peut-être se plonger ensuite dans l’Introduction aux Vedas, une petite synthèse écrite par Raimon Panikkar (Actes Sud, 2003), et reconnue comme juste par les hindous, qui permet d’aller un peu plus loin dans le mystère de l’Inde... On y trouvera des morceaux choisis de ces textes difficiles et foisonnants que sont les Upanishads, dont cette perle dans Maitri Upanishad VI, 24, qui fait écho à la précédente citation : « Le corps est l’arc, la syllabe OM est la flèche, l’esprit sa pointe, la ténèbre est le but. En perforant les ténèbres, on rejoint ce qui n’est pas enveloppé de ténèbres. En perforant ce qui est enveloppé de ténèbres, on contemple le brahman... »