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Gros plan sur Jean-Claude Walter

L’écrivain Jean-Claude Walter a publié Le Rhin (éditions Place Stanislas), un voyage littéraire de Jules César à Guillaume Apollinaire – le magistral aboutissement d’une réflexion nourrie depuis son étude publiée dans Saisons d’Alsace en 1965.

Jean-Claude Walter s’est nourri depuis sa plus tendre enfance haut-rhinoise et ses baignades d’été à Marckolsheim (en des­cendant de Thannenkirch...) des contes, des légendes et des mythes du Rhin (dont, bien entendu, celui de la belle Lorelei) – cet « or du Rhin » que l’on évoquait jadis à la lueur des chandelles, au.temps des veillées et d’une oralité vivace.

Après avoir enseigné les lettres pendant quarante ans, il livre, à l’ère de la haute volatilité « numérique », l’œuvre d’une vie puisée à bonne source et en terre de connaissance, dans un bonheur communiel avec le puissant débit de tous les litté­rateurs illustres passés sur les rives du fleuve-frontière. Dès 1963, le jeune critique littéraire au Nouvel Alsacien portait en lui le projet d’une anthologie rhénane, de Jules César (101 -44 avant J.-C.) à Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957) : Antoine Fischer (1910-1972), le fondateur de Saisons d’Alsace, lui avait proposé d’écrire un article dans le dossier (en trois numéros) qu’il consacrait au Rhin. Le Rhin des poètes et des conteurs est paru (richement illustré) dans le numéro 15 de l’été 1965. « Et si ce fleuve est notre Gange – notre Mississipi –, aurons-nous un jour notre Faulkner du Rhin ? » interrogeait en conclu­sion le poète visionnaire en devenir.

[…] Les rives du Rhin, on ne le sait que trop, furent le théâtre parfois tragique d’affronte­ments tant lyriques que rhétoriques et politiques - son énergie faisait tourner à tombeau ouvert la roue d’une machine de force dont la puissance résumait « tous les fleuves importants de la terre » comme l’exprimait en son temps Victor Hugo (1802-1885) – bien avant les trois bouche­ries qui devaient ensanglanter ses rives : « Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fan­tômes comme un fleuve d’Asie ».

Le voyage littéraire de Jean-Claude Walter rappelle que le fleuve-frontière fonctionne aussi comme une extraordinaire machine à produire du rêve, des légendes et des mythes - s’il est vrai que la rêverie paraît aisée à son contact, le Rhin aimante aussi la part « dynamique » de notre imaginaire et l’appelle à faire œuvre créatrice : « Sur la berge, parmi les galets ronds comme des montres, voici des poèmes. Le Rhin sans arrêt roule des mots dont les nuages s’enivrent ».

Chacun des poètes et des conteurs pas­sés sur les rives du fleuve et dans son livre avait « en quelque sorte créé son propre Rhin » : « Avec Nerval, c’est le Rhin roman­tique et germanique, le fleuve du rêve et du merveilleux : Henri Heine et la Lorelei ne sont pas loin. Chez Hugo, nous décou­vrons un Rhin pittoresque et médiéval, celui de l’Histoire - Charlemagne et les barons - mais aussi celui des prome­nades, des légendes familières, des sou­venirs vécus. Mais il faudrait partir de Boileau et de son Passage du Rhin, où il évoque les victoires des armées de Louis le Grand commandées par Condé (...) Parler ensuite du Rhin de Chateaubriand, d’Alexandre Dumas, de Michelet et de Xavier Marmier : nous n’en finirions plus. »  

Dans sa préface, l’éminent universitaire Jean Gaulmier (1905-1997), spécialiste de Gobineau, rappelle fort à propos : « II y a deux sortes de fleuves, ceux qui sont des traits d’union et ceux qui sont des lignes d’affrontement » – et « le Rhin, hélas appartient par la folie des hommes à cette famille des fleuves tragiques ». Or, « il dépend de nous que le Rhin devienne le “Nil de l’Occident ” »  : sa puissance ne lève-t-elle pas le voile sur une vieille terre de connaissance, n’ouvre-t-elle pas le chemin d’un avenir dont il est plus que temps de tenir la promesse ? […]