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Grandeur de Dieu

 On appelle certaines fleurs « le désespoir du peintre » ; certains poèmes, s’ils font la joie du phonéticien et du phonologue et le bonheur du critique et du stylisticien, pourraient bien engendrer le désespoir, ou c e que les Anglais appellent un forlorn hope, du traducteur. Ainsi ceux de Hopkins.
 La petite édition Arfuyen de Grandeur de Dieu (vingt-neuf poèmes avec le texte-source en regard de la traduction) comprend une introduction du « modeste artisan » traducteur. Jean Mambrino, treize pages de précieuses notes explicatives-justificatives (ainsi va l’ère de la traductologie) élaborées dans le savant et scrupuleux atelier dudit traducteur et une utile notice biographique.
 Les vingt-neuf textes appartiennent à toutes les époques de la courte vie (1844-1889) de Hopkins : la première période, fervente, heureuse, baignée dans la nature ; la maturation et les premiers doutes ; les dernières années, traversées d’angoisse et d’agonie. Ils comprennent des poèmes de pure louange, d’autres de dévotion religieuse ou reflétant l’activité apostolique de ce converti, reçu dans l’églïse catholique par Newman lui-même.
 Poète du paysage (anglals, écossais, gallois. irlandais), du doute, de la souffrance et de la déréliction, poète de la sympathie, Hopkins écrit dans une langue violente et douce, saccadée, travaillée, intense, condensée, dans une langue germanique, saxonne, accentuelle. On entend Shakespeare, Keats, Wordsworth, Burns... On croit entendre Baudelaire aussi. On entend Hopkins.
 Comment rendre cette langue en français ? Le traducteur s’attache beaucoup aux assonances consonantiques et trouve souvent de convaincantes transpositions. (...) Cette tentative connaît des "réussites possibles et des pertes irrémédiables" , car traduire Hopkins est un beau risque à courir : l’oeuvre est éveillante, faite de feu et de fièvre, et non point celle d’un eunuque du temps. Comment en serait-il ainsi, si elle repose sur un principe de plénitude qui n’exclut pas l’expérience de la privation ?