Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Grandeur de Dieu

Jean Mambrino nous offre, dans la belle présentation de la collection « Neige » des éditions Arfuyen, la troisième version de sa traduction de Hopkins, revue, corrigée, enrichie de six nouveaux poèmes (dont le merveilleux Faucon). 

Cette trentaine de textes majeurs, empruntés à toutes les époques de la vie de Hopkins, est particulièrement représentative d’une œuvre réputée parmi les plus ardues de la littérature anglaise. Cette édition bilingue permet au lecteur, même non anglo-saxon, de goûter la densité, la saveur, l’extrême nouveauté pour son temps d’une langue très complexe, que le traducteur restitue en français avec une scrupuleuse fidélité à l’original.

On appréciera sa réussite en comparant, par exemple, deux poèmes aussi différents de ton et de contenu que Printemps (p. 15) et Non, de pire, rien (p. 79). Le premier, tout baigné d’une nature paradisiaque, où « les vifs agnelets à folles pattes batifolent » (admirable transposition !) ; le second, marqué par l’angoisse profonde des dernières années : « Mes cris montent, bêlent en foule, affluent en un malheur / Majeur, un malheur-monde… »

De précieuses notes sur tel ou tel passage (notamment dans le long poème La Perte de I’Eurydice) éclairent sur les nombreux problèmes de traduction et le sens religieux de l’œuvre. Ce travail remarquable, mené depuis cinquante ans, est l’œuvre d’un poète qui s’est lui-même affronté aux tourments et aux délices de la création. Plus que de simple traduction, on parlera ici de « transposition créatrice », selon le mot de Roman Jakobson.