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Arnaud BOYRE

Grand Mémoire sur Agnès de Langeac

Préface de Jean-Claude Sagnes

Collection Les Carnets spirituels
n°32, ISBN 2845900538

16,5 €

Agnès de Jésus a très peu écrit, quelques lettres seulement. Elle nous laisse plus que tout un témoignage de vie. Très populaire en France au XVIIe et XVIIIe siècles, elle a été oubliée ensuite. Vu le peu d’écrits ou même de paroles recueillies d’Agnès, il est d’autant plus important de connaître les témoignages de ceux qui l’ont bien connue. 

Le Grand Mémoire, du P. Arnaud Boyre, écrit dans une langue précise et savoureuse, nous est précieux de ce point de vue. Il l’est également du fait que nous n’avons guère de documents de première main sur l’accompagnement spirituel pratiqué par un jésuite au début du XVIIe siècle. Entièrement convaincu de l’authenticité humaine et spirituelle d’Agnès, il rappelle sans réticence les faits extraordinaires qui ont émaillé la vie d’Agnès, mais souhaite plus que tout mettre en lumière l’amour de Dieu qui en est le centre.

Le Grand Mémoire ne s’attarde pas sur la chronologie de la vie d’Agnès, morte à 32 ans. Il faut en rappeler ici des éléments. Agnès Galand, troisième enfant d’un maître coutelier, naît au Puy en 1602. A 6 ans, son premier confesseur, jésuite, l’introduit à l’oraison. A 8 ans, elle quitte l’école et travaille à la dentelle à domicile. Il lui faut surmonter bien des humiliations avant d’entrer en 1623 au tout nouveau monastère des dominicaines à Langeac. En 1626, elle devient maîtresse des novices, et l’année suivante, prieure à 25 ans. En 1631, elle est poussée intérieurement à prier pour M. Olier qu’elle ne connaît pas. En 1634, elle lui apparaît durant une retraite. Elle l’accueille et l’aide à découvrir sa mission. C’est lui qui fondera la Compagnie de Saint-Sulpice, vouée à la formation des prêtres. Elle meurt la même année.

On citera ici deux extraits de ces fiorettis d’une jeune femme pleine de fraîcheur et de grâce. Son amour pour les animaux : « Entretenant ses novices, du temps qu’elle en était maîtresse, sur la ponctualité que les religieux doivent garder en obéissant aux Supérieurs, un chat marchant le long du cordon du couvent : ‘‘Arrête, par obéissance !’’, lui demanda Agnès et la bête, obéissante à son commandement, se planta tout court et demeurait là. Elle lui dit : ‘‘Retourne-t’en, par obéissance !’’, et le chat à sa voix tourna incontinent sur ses pas, et s’en alla. ‘‘Voyez-vous, mes sœurs, dit-elle, même les bêtes obéissent ponctuellement. Apprenez à bien obéir !’’ Sont-ce des imaginations que celles-là ? Sa vie est pleine de telles apparitions, et celui qui l’écrira dans l’ordre du temps, outre ce que je viens de dire, en pourra rapporter beaucoup. Mais ce qui est ci-dessus suffit à un bon entendement. » 

Sa langue délicieusement populaire : « J’ai pris garde à ces divers mouvements où, étant attirée par son Bien-Aimé, elle en était comme traînée, ne pouvant pas suivre à pas égal et criait : ‘‘Eh ! mon ami, encore un peu de patience !’’ D’autres fois, elle voulait être plus fortement emportée par Dieu, ne pouvant se porter si haut de ses propres forces. Alors, en son langage, elle haussait la voix et disait : ‘‘Tire ! tire !’’ On lui demandait qu’est-ce qu’elle voulait dire et elle dit : ‘‘Je parle à mon époux et lui dis qu’il me tire à soi.’’ »