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Grâce

 Jean Mambrino est incontestablement une des grandes voix poétiques du XX° siècle, et qui continue de dire aujourd’hui sa Vérité dans une discrétion imméritée mais peut-être un peu voulue. C’est que l’ambiance christianophobe de notre temps n’est guère favorable à la lecture de textes profonds, spirituels, et qui exigent que le lecteur soit lui-même d’une haute tenue.
 Né en 1923, Jean Mambrino, s’il est d’abord poète, est aussi essayiste, traducteur, écrivain, chroniqueur, journaliste, homme de théâtre et... jésuite. Il a certes reçu des prix prestigieux comme le Prix Apollinaire et le grand Prix de Littérature francophone Jean Arp, mais il demeure pourtant pour beaucoup un inconnu. Maniant la forme brève autant que le style narratif, « il a le sens de l’invisible caché derrière le visible », comme le disait Julien Green. Pour lui, chaque instant de vie, chaque rencontre (celle d’un oiseau, d’un homme comme celle d’un paysage) est à la fois unique et remplie d’invisible éternel : « Chaque détail coloré / Sur l’émail du monde / Surabonde de beauté. / Le pataquès des hannetons, /Les papillons pris d’ivresse, /Le vol des passereaux / Au ras des deux les soirs d’orage, / Semblent un cadeau de passage / Que l’invisible apporte aux yeux. »
 C’est que, pour Jean Mambrino, la poésie n’est pas une distraction, une fioriture de la vie : c’est le cœur même de la Parole, en quoi elle est si proche de la prière. Ce dernier recueil d’à peine une centaine de poèmes brefs est d’une densité et d’une fluidité lumineuses. Elle confirme que, à 86 ans, Jean Mambrino demeure le grand poète qu’on devina dès ses débuts.