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Grâce

 Neuf suites de dix textes au vers bref et contemplatif forment le dernier recueil de Jean Mambrino. Après Les ténèbres de l’espérance, le poète y célèbre comme un retour de noces, celles de la parole et de la présence « totalement partout » (Jean Chrysostome). 

En dépit de quelques facilités spiritualistes, l’ouvrage ravit par sa simplicité et sa profondeur lumineuse. Le poète est aux aguets du moindre frémissement d’un monde « où le luxe se laisse entrevoir dans la petitesse », où « un souffle efface les eaux, le sable, les images ». La musicalité de l’écriture donne force aux oxymores associant l’infime et l’immense, l’ombre et la lumière et permet de multiplier finement les correspondances entre le monde sensible et l’expérience spirituelle : « Tout le visible vit de l’invisible / Tout l’audible de l’intransmissible / Tout le tangible de l’inaccessible ». Jonglant avec des rimes audacieuses et des vers de trois, quatre ou six pieds, le poète reprend de façon inspirée les grands thèmes de son œuvre – la forêt enchantée de milles métaphores, le feu, l’eau, l’abîme, le ciel et l’oiseau – en les dépouillant de tout vibrato incantatoire. Il en ressort un désert de blancheur et d’hospitalité où la Parole est la seule oasis où épancher sa soif.

La beauté n’y est pas un ogre aux pieds d’argile, mais le heu d’une paix insaisissable, toujours prête à s’effacer devant « l’inconnu que tu regardes te regarder ». Il y a dans ce mystère d’enfance, de louange et de vie place pour « l’humble entrée des malhabiles dans la Rose du Paradis » ; il y a dans ce silence – divine promesse ou présence qui déjà s’accomplit – un « abîme de bonté »« nul n’est condamné ».  

Œuvre d’une grande maturité, ce recueil joint quelques fragments de paysages à la Corot à d’étonnants apophtegmes vivant d’un « oui » communicatif à l’Incarnation : « Accepte, et reste/où tu n’es pas [...] Tant de voix perdues prient et respirent au fond de toi. »