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Gérard Pfister : Portrait, bibliographie, anthologie

 C’est une bonne idée que de rendre visible un « poète trop effacé », comme l’est Gérard Pfister, et il faut remercier les éditeurs de l’Athanor de l’anthologie qu’ils nous donnent. Le portrait que trace Jean-Luc Maxence du « quêteur d’absolu » est une bonne introduction au choix qui est fait ensuite dans près de vingt-cinq ans de poésie, de Faux à Le pays derrière les yeux, en passant par L’oubli ou La Transparence.
 Il est tout à la fois passionnant et émouvant d’y suivre le chemin qui conduit à un double dépouillement, de l’écriture, et du moi. Dans les premiers recueils, le vers s’allonge souvent et amplifie l’observation critique sur un monde déjà refusé (« sans arrêt les coups de téléphone les voitures en démence / cette inquiète affluence des gens aux portes des magasins des hôpitaux »).
 Peu à peu, la tendance à la brièveté, au blanc s’affirme. Les sentiments de retrait ne se disent plus, mais se laissent deviner dans les interstices d’une parole rare qui cherche à retrouver l’obscure présence des choses absentes. C’est un « chemin sans bord » que celui du renoncement à toute prise sur le monde, à toute prise sur soi, seule condition pour que se lève une « aube inverse » ou une « brume » qui « révèle l’extase d’une plaine ».
 On peut interpréter cette présence du monde, retrouvée dans la matière de l’écriture, comme celle du divin et voir dans cette poésie une recherche mystique, et même chrétienne. Mais il n’est pas besoin d’adhérer à cette position pour apprécier ce parcours vers le vide, le « rien », car ni le vide ni le rien n’ont « besoin de dieu » : ils vibrent de la pure lumière intérieure qui habite celui qui se « connaît comme néant ».
 Et c’est à la poésie de dire ce rien, ce vide, c’est-à-dire cette lumière et cette grâce, car elle est souffle avant le discours, mots avant le sens, nuit avant le jour, et s’établit là où tout s’origine. Religieuse ou profane, peu importe alors le nom de cette méditation, qui a nom conscience et urgence de vivre.