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Gel et Feu

 Alfred Kern a repris la plume. Le Gargantua du verbe, l’homme aux milliers de feuillets noircis d’un jet, oubliés de-ci, de-là, à Paris, dans l’extraordinaire maison de la vallée de Munster où il vient faire retraite parfois, se gaver d’Alsace, s’est contraint à l’espace limité d’une chaise, d’une table. La nouvelle fait plaisir : Kern ruisselle d’idées, n’aime rien autant que les mots. Il les a tenus dans sa forge, forcés, condensés, pressés, leur a fait rendre gorge entre Gel et feu dans un recueil sous couverture bleu intense publié dans l’excellente collection que dirige Gérard Pfister aux Éditions Arfuyen.
 Au centre des textes un mot-roi, vénéré et redouté : la « parole », parole « oubliée, isolée, évanouie, inachevée », parole bue et jetée au vent, « suspendue / au-dessus d’un regard clair » mais la mort, insidieuse, s’avance, « pierre à aiguiser le tranchant, du silence » voudrait tout prendre, se mesurer un dernier instant avec la raison reconnaissante de celui qui a su profiter du voyage : « Mourir / en sachant que cela existe / un ciel une terre / un horizon. »
 Décidément fécond, Alfred Kern ne se contente pas d’écrire, il édite. On lui doit la récente livraison de la Revue de littérature alsacienne pour laquelle il a mis ses amis à contribution. Un thème, mais vous aurez deviné, celui de « la parole ». des hauts et des bas toutefois dans ce vingt-septième numéro de la « RAL », mais comment dire autrement aux lecteurs que c’est à eux qu’il revient d’en juger puisque rien n’est plus subjectif que l’appréciation du langage poétique. […]