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Geiler de Kaysersberg

 Dans la collection « Carnets spirituels », les éditions Arfuyen nous offrent en 2008 deux volumes consacrés au célèbre prédicateur alsacien Jean Geiler de Kaysersberg (1446-1510), l’un de ses sermons : La Nef des Sages, l’autre de petits « traités » ou plutôt entretiens : Le Civet de lièvre, choisis par Francis Rapp et traduits par Christiane Koch.
 Le premier volume a été préfacé par F. Rapp, qui rappelle l’immense renommée du prédicateur de la cathédrale de Strasbourg : un véritable prophète réformateur qui, professeur de théologie, décida – influencé surtout par Gerson – de se consacrer à une pastorale populaire pour laquelle il avait un don pédagogique étonnant. L’aspect critique de sa prédication aussi bien que son insistance sur la justification des pécheurs le firent considérer plus tard comme pré-réformateur.
 C’est Joseph Doré qui présente le second volume. Il compare le style de Geiler à celui de Tauler, cent cinquante ans plus tôt. Les différences sontévidentes : Geiler file longuement des images à portée pratique, Tauler s’appuie sur le cadre liturgique et offre un message spirituel ; Geiler s’adresse à un public plus large, sans négliger pourtant les moniales. Il y a aussi des points communs constants : le renoncement, la Grâce, l’effort continu de la vie chrétienne, l’imitation du Christ.
 Chez Geiler, deux petits recueils qui font suite au Civet de lièvre sont consacrés à l’attitude juste en face de la mort et à l’aide aux mourants ; le second est adapté de Gerson. Si peu enclin que l’on soit à se laisser charmer ou même instruire par ses allégories ou ses métaphores trop exploitées, il faut dire que la lecture des sermons et entretiens est très plaisante et, pour peu que l’on soit attentif, on y découvre pas mal de remarques, allusions et silences bien significatifs. On notera en particulier ce conseil donné après avoir déploré l’impossibilité de réformer non seulement la chrétienté entière, mais même une seule communauté : « Que chacun dans un coin enfonce sa tête dans un trou et s’occupe d’obéir, lui, aux commandements de Dieu, qu’il fasse ce qui est juste pour arriver au salut. » Mais de là à dire, comme Joseph Doré, que Geiler nous est plus proche que Tauler, il y a une marge.