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Fragments et louanges

 Le nouveau recueil de Pierre Dhainaut attire notre attention, tout d’abord, par sa structure. Ces « fragments » qui deviennent « louanges » s’épanouissent en une architecture véritablement parlante ; forme et signification, ici, se rejoignent. Le premier texte du recueil et le dernier se terminent par un même mot : « lumière ». Au centre, un bloc de quinze poèmes ou figure, dans chacun, le mot : « souffle ».
 « L’enfant au prénom de lumière » nous accompagnera donc tout au long de notre cheminement, jusqu’à la dernière ligne du livre, jusqu’au moment où se refermeront « ces yeux qui nous rassemblent sous leur lumière ». Car seul l’enfant peut susciter chez le poète cet état d’émerveillement qui lui permettra de toucher du doigt et de la plume les questions essentielles : « On ne renie pas nos regards d’enfance/ pas davantage on ne
trahit les morts ».
Il faut obéir à la vérité de l’enfant, qui exige de nous une disponibilité de tout notre être : « Tendre l’oreille davantage [... ] ne pas décevoir l’inconnu ». L’esprit d’enfance est surtout questionnement incessant, accueil de ce qui vient vers nous, de la mer, de la terre, des autres hommes : « Pourquoi savoir, d’avance, qui s’appro¬che de nous ? [...] quelle rencontre est éphémère ? ».
 Cette poésie est maritime, aussi, dans la mesure où le souffle de la mer se confond avec celui de nos poumons : « Partout, l’air nour appelle ». Ce grand souffle de vie, il nous est donné en vue d’une com¬munication - communion avec les êtres et les choses : « Offre-le, vulnérable, tu n’es plus seul ainsi ». Notre contemplation même de la mer et de la terre sera perçue comme un mouvement respiratoire, car « nos regards n’ont aucune peine à devenir souffles ». Encore faut-il trouver des mots pour le dire ; plutôt, une musique qui comble les vides du « morcellement des mots ».
 
Par-delà les calculs et les ruses de la parole organisée, pourquoi ne pas revenir au rythme respiratoire ? Alors, « les mots justes, généreux, se découvrent d’eux-mêmes », comme les rochers lorsque la mer se retire. Ces mots justes, ils se découvriront aussi du côté de la terre. De la terre que nous devons écouter, mais qui, elle aussi, nous écoute : « humus, écoute maternelle... ». Car c’est elle qui nous donne « le sentiment d’appartenir / de recueillir un secret millénaire ». 
 Mais n’oublions pas ces blocs de béton marqués de rouille, sinistrement ancrés sur la côte dunkerquoise, qui, eux, nous parlent de morts violentes. Ces morts qui, désormais, font partie de nos vies. C’est dans la mesure où cette mer, cette terre, ces morts, seront incorporés en nous, que nous pourrons nous permettre de chanter les « dieux limpides », d’acquérir une mémoire sereine, « une mémoire d’arbres et de nuages ».
 Un grand merci à Pierre Dhainaut de nous avoir offert une poésie de lumière respirable.