Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Fragments et louanges

 Il est arrivé un grand bonheur à Pierre et Jacqueline : leur première petite fille, Lucie, "toi que nous appelons l’enfant au prénom de lumière" et notre poète jubilant n’écrit pas "l’art" d’être grand-père, mais "la joie" :
 Petite fille, pas même un an, tournée vers la lumière 
 pour la première fois nous lui désignons les oiseaux
 et tout de suite elle avance les mains comme le souffle 
 et sur la vitre chaude, que devons-nous dire ? 
 palpite ou résonne un ciel aussi bleu que ses yeux.
 A côté de cette vie qui commence, il y a celles qui se sont éteintes : "les lilas sont fleuris qu’elle aimait tant", "les paupières tombées pour ne plus se rouvrir", ou "tu as cru morts tous ceux que nous cessons de voir, qu’importe depuis quand, peut-être, s’ils consentirent, n’ont-ils quitté personne ?"
 Le poète est témoin déchiré entre vie et mort : "la paume n’oublie pas ce qu’elle a caressé / ... / sur le front d’un enfant / ou celui d’un mourant". Dans ce recueil, un mot magique : le souffle que l’on trouvait déjà dans de précédents ouvrages (en particulier Le don des souffles,1991). Ici, il revient vingt fois au moins, et je crois qu’il faut le prendre au sens spirituel, métaphysique même. Mais il y aurait tant à dire du vocabulaire : celui des bords de mer, et celui de la pierre, multiprésente, polyvalente.
 L’illustration de la couverture belle résume admirablement le livre. Elle vient de la crypte de la cathédrale de Bayeux (XVème siècle). Un ange nimbé tient en ses mains écartées les deux corps de l’antique aulos des Grecs et il souffle en eux. Je suppose que l’instrument donnait deux tonalités symbolisant les deux thèmes que le titre implique.