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Fragments et louanges

 Comme celle de Jaccottet, la poésie de Pierre Dhainaut vibre entre l’effroi, ia peur et le désir immense de la plénitude.
 L’écriture de Dhainaut est plus nue encore que celle du poète de la Semaison. Il ne note pas les couleurs, n’évoque pas les particularités formellles et matérielles, pourtant il réussit à nommer la plage, la pluie, les grives, la plaine, les nuages, les mouettes en en leur donnant unc présence vive dans la fluidité de ses vers.
 Mais n’est-ce pas justement la fluidité attentive, subtile, frémissante, nostalgique, toujours ouverte à l’inconnu qu’il ne faut pa, décevoir. qui est le secret de son art ? Une fluidité assez sensible et authentique, mesurée. sohre et pourtant ardemment désirante pour imprégner le lecteur du rythme singulier de l’intériorité, propre à celui qui écrit en se disant et en s’effaçant du même mouvement. 
 Dans l’Impatience du dégel rejeter les draps,
 tirer les rideaux... En vain tu rêveras de la braise 
 ou de la frondaison, tu ne constates qu’une terre 
 humide, infranchissable, des nuages inertes,
 ils sont à notre image. Mais rien ne limite l’entente,
 toute chose reçue pour elle-même 
 heure après heure allégeant les années :
 ne pas conclure, ne pas décevoir l’inconnu.
 dehors, la plénitude, le sentiment appartenir,
 de recueillir un secret millénaire.
 Serait-ce en cette cour de brique, nous plongeons 
 en la houle et nous la dilatons jusqu’aux étoiles,
 avec qui dans l`étreinte échangeons-nous la vie, 
 avec qui restons-nous ? 
 Il y a une sagesse philosophique chez le poète de Fragments et louanges. C’est une aspiration à la plénitude mais qui écarte en sa recherche, les fixations durcies, les conclusions fermées, le réflexe hostile de l’un en face de l’autre.
 Cette fluide écriture est essentiellement attention ouverte et accueil profond de l’autre, de la différence. On songe à Rilke, parfois, en lisant Pierre Dhainaut.
 Cette toute petite fille que le grand-père regarde courir. Et c’est un extraordinaire poème. parce que sans joliesses, sans attendrissement, mais en la plus juste et vraie émotion.
 Elle a cet âge où l’on court devant soi, très droit, 
 très vite, en agitant les bras. elle se livre sans réserve 
 à chaque pas, à chaque pas elle retrouve l’équilibre. 
 Plus tard elle ira en forêt comme sous les étoiles,
 mais sera-t-elle aussi farouche. émerveillée,
 qu’à la lisière entre les dalles de ciment et la prairie
 où elle s’arrête, où elle s’incline ? elle découvre l’herbe. 
 Nous qui n’étiors que l’ombre derrière elle, 
 elle nous apparaît ruisselante de souffles
 quand elle se retourne, et nous l’embrassons sur les joues.