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Flamme ou le travail de nudité, lu par Françoise Urban-Menninger

Dans la lignée de son lumineux Monologue depuis le refuge, Didier Ayres publie Flamme ou le travail de nudité. Dans ce recueil découpé en six mouvements, les poèmes et les proses déroulent leurs oriflammes dans une profusion d’images baroques qui font tanguer et imploser le carcan des mots.

Partout la couleur rouge empourpre le fil des pages, elle apparaît dans le drap de sang du cantique, c’est celle des chiens, des calicots écarlate, celle des mains, de l’herbe... Elle devient l’expression rouge qui incendie les mots sous la peau tandis que les neiges tardives, la corde de givre, l’épiphanie hivernale, l’hiver jaune , l’âme qui est devenue une écharpe de givre annoncent l’hiver pour seule saison et préfigurent la mort enfin et sa guitare.

Autre thème récurrent que cette guitare qui nous joue en sourdine cette musique de l’ombre que le poète appelle la guitare triste de la ténèbre et qui affleure sous les mots et les images telle une ritournelle. Et Didier Ayres de nous confier sur le ton de l’aparté : « J’écris sans savoir, sinon pour poursuivre. » Et voici sans doute la clé de cette écriture qui nous porte, nous emporte et nous transporte dans un ailleurs où les images belles et singulières irradient tout en faisant écho aux lointains archétypes enfouis dans les tréfonds de notre inconscient. Les hirondelles de cuivre ou les grands cerf de métal, les épis magnétiques de l’amour nous font tourner sur le manège de la mélancolie où avec Didier Ayres il faut que l’on rêve.

Le sacré et le profane ont partie liée dans cette écriture visionnaire qui met l’âme à nu en la trempant dans une encre de chair et de sang. Car l’auteur nous le signifie et nous le répète à l’envi : « Je suis passé par ces diverses pénombres... » et d’insister en affirmant : « Tout le monde connaît ce goût de mort. » Et c’est bien évidemment ce goût de mort qui sous-tend tout le travail de nudité dans lequel le poète appréhende sa lucidité en la redoublant dans une lumière aveuglante qu’il qualifie de foudroiement.

« En un sens, le corps est plongé dans sa propre masse narcissique » et l’auteur d’avouer ainsi l’impossibilité même de conclure. Car Didier Ayres l’écrit, il est dans une sorte d’écart, d’intervalle, mais quel intervalle !? Si dans cet intervalle on perçoit l’angoisse nue de nos yeux, on entend avec le poète les signes et comme lui, on a envie de s’écrier : « J’ai commencé de mourir ; c’est pour cela que je suis en vie. »