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Michèle FINCK

(1960)

 Michèle Finck est née à Mulhouse en 1960. Du côté de son père (Adrien Finck, universitaire, mélomane et poète) comme de sa mère, le livre occupe une place aussi centrale dans son enfance qu’à Strasbourg la librairie de son grand-père maternel, tout près de la cathédrale.
 Dès l’adolescence, elle partage sa vie entre la littérature et la musique (piano) et bientôt entre la France et l’Allemagne. En 1981, reçue à l’École Normale Supérieure (Ulm/ Sèvres), elle quitte Strasbourg pour Paris, tout en continuant à travailler la musique à Cologne. À Paris, elle rencontre Yves Bonnefoy à qui elle choisit de consacrer sa maîtrise puis sa thèse en Sorbonne (Yves Bonnefoy. Le simple et le sens, José Corti, 1989).
 Avec le cinéaste et peintre Laury Granier, elle fonde en 1988 l’association culturelle Udnie qui réunit des artistes de toutes disciplines (peinture, cinéma, architecture, musique, danse, poésie). Elle écrit le scénario du film de Laury Granier, La momie à mi-mots (1996), pour lequel elle s’improvise actrice (aux côtés de Carolyn Carlson, Jean Rouch et Philippe Léotard).
 Depuis 1987, elle enseigne à l’Université de Strasbourg. Elle y est actuellement professeur de littérature comparée. Son domaine de recherche privilégié est le dialogue de la poésie moderne et contemporaine et des arts (musique, peinture, danse, cinéma). 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Balbuciendo

La Troisième Main

REVUE DE PRESSE

Balbuciendo
Revue Alsacienne de Littérature (31/12/1999), par Jean-Claude Walter

 Si l’on se réfère à la deuxième partie intitulée « Triptyques pour le père mort », on voit de suite qu’il s’agit d’un livre sur la mort. L’hommage au père disparu évoque tel genre littéraire appelé « Tombeau » – que l’on songe au « Tombeau de Charles Baudelaire » de Mallarmé, ou à celui de Couperin signé Ravel. La prégnance de la mort court comme une électricité à travers ces poèmes, en vers ou en prose – l’agonie, la disparition, le déchirement et le deuil.
 L’hommage de Michèle Finck à son père est d’autant plus prenant qu’elle nous livre ce constat dès la page 35 : « Être saisie par le nom que le père se donnait, "der Sprachlose", "l’alingue", parce que ni le dialecte, ni le français ni l’allemand n’ont été langue pour lui. » L’on sait pertinemment que l’Histoire et la situation cruciale de l’Alsace en une certaine période l’ont ainsi imposé à bon nombre de nos contemporains…
 À suivre ces pages en l’honneur du père défunt, Adrien Finck – universitaire, mélomane, poète – nous reviennent quelques mesures du Requiem de Mozart, et surtout l’incipit des Cahiers de Malte Laurids Brigge, magistral roman de la mort, que Rilke écrit après son séjour à Paris : « C’est donc ici que les gens viennent pour vivre ? Je serais plutôt tenté de croire que l’on meurt ici. » La mort anonyme dans une grande ville, aussi bien que celle, terrible, du chambelland Brigge en son château d’Ulsgaard… D’ailleurs mention est faite par Michèle Finck d’une promenade au Jardin du Luxembourg quand, en alternance avec l’hommage à son « Père à la peau de sapin père brûlé » (55) elle évoque la séparation, le déchirement d’un amour qui vient de s’achever. Tant il est vrai, selon les psychiatres, qu’une séparation peut être considérée comme un deuil. « Maintenant je peins / Les cicatrices de l’invisible en noir » (67) est le leitmotiv qui hante ces lignes presque à chaque page : « Illisible mémoire déchiffrée comme en rêve » (70) qu’il lui faut s’obstiner à graver sur le blanc de la page. En mots parfois très durs : « je ronge les os d’un ancien amour » (74).
Aussi bien l’« In memoriam » à la gloire du père que la « Ritournelle de la mal aimante » ne cessent de prendre le lecteur à témoin avec la même densité, un identique vibrato de la part d’une auteure qui s’intéresse pareillement à la musique, la poésie, le cinéma, tout en enseignant la littérature comparée à l’Université de Strasbourg. Son éditeur Gérard Pfister évoque justement cette écriture : « On ne peut qu’être frappé de reconnaître chez Michèle Finck cette sensibilité expressionniste, si rare dans le paysage français. » Précisant : « Si chères aux expressionnistes, l’allitération, l’accumulation, la rupture sont ici souveraines. » On y relève partout ce leitmotiv du deuil, de la mort, et d’une irrépressible douleur : « Écriture : tour, terre, terrier, trou. /A-pic du cri dans l’œil de la gorge. / Les mots titubent atterrés de mémoire. / Les souvenirs brûlent le vagin du visage. / Une étoile anonyme essuie les larmes. / Les onomatopées de l’os tournoient. / Poème : scansion du noir, balbuciendo. »
 Où l’on découvre, dans la première partie « Sur la lame de l’adieu », une sorte d’apaisement en ces pages sur la Sicile et l’enchantement prodigué à qui rêva certains jours d’avril en ces lieux magiques : Taormina, l’Etna, Agrigente, Raguse, Segeste, Trapani, Selinunte, et la mer et le soleil…

Balbuciendo
Place de la Sorbonne (30/10/2012), par Anne Mounic

 Dans l’essai sur Giacometti et les poètes, Michèle Finck, dans la perspective de la poétique du son, qui lui est propre, montre à quel point, en ce qui concerne l’œuvre d’art, le principe cistercien : « Si tu veux voir, écoute », énoncé comme sous-titre de cette étude fouillée, donne à la perception artistique un profondeur de révélation inégalée. « Cette formule de Saint Bernard, parce qu’elle met en tension le "voir" et "l’écouter", permet de porter le "voir " à un maximum d’intensité et de poser autrement la question des rapports entre le poème et les arts visuels » (p. 13). Ce point de départ, affirmé dans l’Introduction, aboutit à cette conclusion : « Il y a en effet une acoustique des arts visuels dont Giacometti peut être reconnu comme un parangon remarquable. Son œuvre excède le visible au profit de l’invisible audible. Si la poésie est particulièrement apte à capter cette face sonore et silencieuse consubstantiel aux arts visuels, c’est parce qu’elle repose elle-même fondamentalement sur l’écoute de l’émancipation du son et du silence dans la parole » (p. 240). Et l’on aboutit, à la fin de la « coda », à une conception du poème et de l’œuvre d’art comme appréhension d’une « nouvelle dimension de l’existence » qui se définit, par l’intermédiaire de ces vers de Rimbaud : « Là tu te dégages / Et voles selon », comme liberté.
 L’ouvrage se compose de trois mouvements, à la façon d’un concerto : « Celan et Giacometti. lecture du poème ‘Les dames de Venise’ (1968) » ; « Dupin et Giacometti. lecture de Textes pour une approche (1963), La Réalité impossible (1978), Une écriture sans fin (1990), et Alberto Giacometti. Éclats d’un portrait (2007) » ; « Bonnefoy et Giacometti. lecture de L’Objet invisible dans ‘L’Etranger de Giacometti’ (1967), Alberto Giacometti. Biographie d’une œuvre (1991) et Remarques sur le regard (2002) ». […]
 Balbuciendo se compose également de trois mouvements : « Sur la lame de l’adieu », « Triptyques pour le père mort » et « Scansion du noir ». Comme le dit Claude Vigée dans la lettre qu’il adressa à Michèle Finck à propos de ce recueil poétique en 2010, les choses ici sont dites « dans leur brutalité, leur tendre violence ». « Poème : crier / Seule pieds nus sur / La lame de l’adieu » (p. 18).
 Les poèmes alternent avec des proses poétiques. « L’amour et l’échec de l’amour s’arc-boutent » et luttent. Les mots, crus, directs, articulent la menace, la séparation pour atteindre peut-être à la présence : « Poème : / Fil de funambule tendu entre pierre tombale / Et perce-neige » (p. 72). Michèle Finck s’est-elle ici souvenue du titre que Claude Vigée donna à ses poèmes de jeunesse, « Perce-neige » ? Une question survient, en allemand : « Aber Vater / Die Freude / Wo ? » (p. 44) (Mais Père / La joie / Où ?). Le poème offre un recours, sans pourtant amender la cruauté de l’existence, qui surgit en des mots qui dénudent le poète jusqu’au sacrifice, dans l’intimité ‒ on assiste à une sorte de démembrement, toute la personne soudain dépouillée de ses défenses : « Croquis d’agonie sur les draps crevassés / Par l’insomnie. Feu dans les meurtrières du crâne » (p. 66). On songe au premier vers du recueil : « La mémoire fond lentement dans la bouche. » (p. 9) en lisant ces mots, dans « Soif » : « J’ai mangé ma mémoire » (p. 66). On dirait que l’auteur de ces vers en appelle à un commencement, qui serait un sevrage du passé, conçu comme nourriture plus qu’indigeste ‒ suffocante ‒, mais ne laissant qu’un vide en partage. « Les souvenirs tremblent à la commissure du vagin. / Le soleil se couche toujours seul. / Il vomit des bouches mortes » (p. 66)
 Le cri rappelle à la nudité première. « Le doux ventre blanc de la pie apaise. » (p. 66) Le cri témoigne d’une impuissance originelle : « Le corps s’éboule. » « Poème : don qui porte secours.
Mais laisse la soif et la brûlure ».
(p. 66) L’évanescence des mots et du poème, à côté de cette réalité criarde et criante d’un être voué à la séparation, et au « Soliloque », paraît offrir une sorte de trêve, en contraste avec ces « Orages de sons » qui « Crèvent dans la tête ». « Maintenant je peins / Les cicatrices de l’invisible en noir. / Ce peu de buées de sons qui tremble / Sur la page déchirée me suffit » (p. 67). Toutefois, ce qui surgit est, malgré tout, comme le dirait Claude Vigée, un surgissement de vie, accordé à une poétique du son : « Maintenant sèves d’oreilles / Savent. » (p. 67).

Balbuciendo
e-litterature.net (20/09/2012), par Françoise Urban-Menninger

Après L’Ouïe éblouie paru chez Voix d’encre, Michèle Finck signe l’édition d’un deuxième recueil chez Arfuyen dont le titre Balbuciendo nous renvoie d’emblée vers l’origine du langage qui nous met au monde. On songe aussitôt au merveilleux film-poème La momie à mi-mots où apparaissait Michèle Finck, poète et scénariste et dont le réalisateur Laury Granier nous disait que derrière l’écrivain se cachait « l’éternel enfant ».

« L’éternel enfant » use de ce balbutiement dont G. Diego dans le livre de Paul Gifford Paul Valéry : musique, mystique, mathématique nous affirme qu’il est « la poésie, ces choses ou cette chose que tentent obscurément d’exprimer les cris, les larmes, les caresses, les baisers, les soupirs ». Et de citer le fameux vers du Cantique Spirituel du mystique espagnol Jean de la Croix : « un no sé qué que quedan balbuciendo ».

Le livre que vient d’écrire Michèle Finck est bien un livre qui répond à cette définition. La rupture, le deuil, l’absence tracent sous la peau vive de l’auteure « des lignes de douleur ». Dans la première des trois parties qui composent le livre, Michèle Finck évoque « L’amour et l’échec de l’amour... ». On retrouve dans « Présage » l’atmosphère de La momie à mi-mots avec de « Frêles cerfs-volants que le vent frôle » mais déjà l’auteure voit sa « tête équarrie dans la vitrine d’un boucher ». Image forte, étrange, fantasmatique dans la lignée de celles d’Anise Koltz ou de Claude Ber qui nous touche dans notre chair. Car à n’en pas douter, les mots de Michèle Finck ont partie liée avec ce corps qui les sécrète : « Les gencives de l’enfance saignent », « L’oreille pleure d’astres crevés »... 

La deuxième partie du livre consacrée à la mort du père est bouleversante. L’enfance du père y est évoquée avec une tendresse infinie : « l’avoir entendu balbutier qu’il avait appris à déchiffrer tout seul livres et partitions en gardant les vaches ». Michèle Finck avec son âme d’enfant se remémore son père enfant avec ses frustrations, ses peurs, ses désirs. Le lecteur éprouve une totale empathie pour l’auteure au chevet de son père agonisant et il ouvre avec elle « de nouvelles portes de douleurs à l’intérieur de soi ».

Suivent alors des poèmes magnifiques tel « De givre et de feu » où père et fille se retrouvent au cœur du poème « Écrit à deux bouches ». Dans le texte « À deux voix » où le père incinéré devient « Père à la peau de sapin père brûlé », on appréhende la consumation totale du moi dans la nature qui a inspiré le père également poète.

Indubitablement, le livre de Michèle Finck est l’une de ces étoiles filantes qui nous éclaire dans notre nuit. Si le vrai cimetière n’est autre que notre mémoire, il n’en est pas moins vrai que ce recueil est la vraie tombe du père décédé. Et l’auteure de nous rappeler la lettre de Goethe à Zelter dans laquelle il soutenait : « J’ai la ferme conviction que notre esprit est une substance de nature tout à fait indestructible, qui continue d’œuvrer d’éternité en éternité ».

Dans la troisième et dernière partie intitulée « Scansion du noir », Michèle Finck, on le pressent, a décidé de continuer « à œuvrer » : « Ciel silence cigale / J’écris / D’un seul coup tout autour des tortues sauvages ». Et l’écriture du ciel de mettre un baume sur cette incoercible souffrance : « Ce soir un peu de bleu a eu pitié de moi » et le lecteur de refermer ce livre en sachant qu’il faudra très peu de temps pour qu’il le reprenne pour une nouvelle lecture. Car les lectures de Balbuciendo ne peuvent être que multiples. Il y a plusieurs livres dans ce recueil où les images forcent notre inconscient tant leur puissance et leur magnificence nous interpellent jusque sous notre peau où chaque mot rencontre son écho car le poème et son auteure ne font plus qu’un dans un corps de lumière où l’écriture s’impose pour révéler sur la page blanche « le scanner de l’obscur ».

La Troisième Main, lu par Michel Loetscher
Les Affiches (28/04/2015), par Michel Loetscher

Au large des dissonances d’une hyper-modernité liquéfiée dans une bavarde incontinence, l’universitaire Michèle Finck recueille en volume des moments de grâce musicale et invite à une manière de « transgression positive » par l’énigme de « la troisième main ». La musique, cet « art du toucher », consolerait-elle de la tragédie d’avoir été jeté au monde sans recours ?

Son père, Adrien Finck (1930-2008), poète et universitaire bien connu (et musicien empêché), habite ce troisième recueil né, une fois encore de l’émerveillement voire de l’ivresse face au miracle de la musique : « Bach : Messi en si. / Sergiu Celibidache // « Et resurrexit. » // Musique de Bach nous relie aux morts. /Les voix sont debout. L’os est debout. / Vouloir ensevelir le père mort / Dans le suaire du « Resurrexit ». / Lui donner sépulture dans cette liesse. »

Michèle Finck dédie à ce miracle-là ces cent « poèmes d’extase musicale » écrits dans le noir, après une opération de la cataracte durant l’été 2011 – et « venus les uns après les autres en une architecture signifiante » comme elle le rappelait lors de la présentation de son livre à la librairie Kléber le 28 mars dernier. Une traversée du noir qui, cent jours durant, avait intensifié son écoute et un livre de transmutation dont les délicates pièces d’orfèvrerie transmettent, dans leur cristalline transparence, la vibration de ces « illuminations sonores » – chacune comporte cinq vers comme les cinq doigts de la main : une assise qui retient la Parole et conjure le verbiage, un précipité d’âme qui dit la fulgurance de ce « miracle qui brûle », activée par cet « art du peu » dont la langue de feu fait danser les paysages voire les non-lieux d’une « postmodernité » si vacillante dans son incessant bavardage… « Bach : Partita n°2. Chaconne. / Yehudi Menuhin // Dans ses mains le violoniste porte le monde / Passé et présent. Mais d’où est venue la troisième main, / L’invisible main de la grâce, qui se pose sur les fronts ? / Elle porte l’espoir d’une arche future de lumière. Bach / A écrit pour cette troisième main. Menuhin le sait. »

Michèle Finck a placé en épigraphe de la note finale de ce livre de réparation ce mot d’ordre de Rilke : « Faire des choses avec de l’angoisse. » Ou comment passer d’une difficulté à vivre, fût-elle passagère, à une possibilité de dire, comment faire tendre, par vent contraire, le donné humain si fragile, vers la forme à atteindre, gorgée de sens, dans la plénitude du verbe qui « ouvre vers le large où neige le souffle » : « C’était comme si, en opérant les yeux, on avait ouvert quelque chose de plus profond : brèche dans l’écoute ; non pas poèmes sur la musique, mais poèmes à et avec la musique ; poésie et musique intimement mêlées, qui tournoient tout au bord du silence. Noir avec torche de musique. »

Par l’épreuve du noir, Michèle Finck a vécu comme « un bouleversement des cinéstésies » : « L’œil écoute, l’oreille voit » Et tremblent les paysages musicaux dans le vacillement du verbe qui fait advenir un si peu résistible cortège d’images – jusqu’à donner « visage sur terre » à telle douceur : « et le toucher sera caresse »… « Scarlatti : Sonates / Scott Ross : clavecin // Musique : pluie d’or / Sur la Danae / Du Titien. Trilles. / Triples croches claires. / Musique : art du toucher. »

Assurément, « musique heurte le néant » – c’est là sa fonction hautement métaphysique - et « permet de traverser le Styx » – par la grâce d’un voyage intérieur et de cette alchimie qui fait perdre la lyre et la langue dans son écoute (« réécouter est tout ») et « inventer des poèmes qui soient vitraux / sonores dans la lumière de l’obscur/ » Les mots du poème ne sont-ils pas musique, ne sont-ils pas le monde quand ils coupent le souffle, quand se retire leur excédent comme le bruit des jours et leur lassitude accumulée devant le plus vif éclat de l’âme réfléchie par miracle en ces pages ? Œuvre au noir, miroir double, vitraux réveillant leur feu sacré qui nous guide…

La pratique de la lyre est un exercice hasardeux dont il est difficile de tirer des notes toujours justes. En faisant « silence résurrectionnel » au fond de la musique et en la mariant à la poésie (comme jadis Éluard souda « l’amour la poésie ») Michèle Finck atteint, à la crête de ce qui danse et nous échappe sans cesse, la plénitude de sa propre cadence – celle-là même où l’on ne se perd qu’en s’accomplissant, celle-là même où l’on ne s’accomplit que par la ferveur d’une présence poétique à un monde arraché à son irréalité le temps d’une note bleue bien frappée, d’un silence habité, d’un tintement de vérité contre la paroi de verre d’une question d’ores et déjà perdue, d’un toucher d’âme ou de cristaux de neige croisant leurs fils de soie en de si délicates architectures poétiques…

Peut-être aussi d’un pas de danse vers son précipice, là où l’énergie de l’univers se réécrit dans la quintessence d’une poétique enjambant l’anéantissement annoncé des êtres – jusqu’à celui de leur mémoire. « On ne peut pas quitter la réalité d’un pas », écrivait André du Bouchet. Pas même d’un clignement d’astres dans l’éblouissement d’une révélation, en aval du temps ? Et « s’élève / l’humanité au-dessus de la poussière. Gravir ».

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