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Femmes en poésie : Margherita Guidacci

 Née en 1921 à Florence, Margherita Guidacci s’éteint à Rome en 1992. Bien que ne s’étant « jamais forcée à écrire » comme elle le confie elle-même, elle laisse une oeuvre importante. Une partie fut traduite en français par Bernard Simeone et Gérard Pfister. Auteur d’une thèse sur l’oeuvre de Ungaretti, elle fut elle-même traductrice des poètes anglais et américains : Emily Dickinson, Jessica Powers, Elisabeth Bishop.
 En marge des mouvements littéraires et de tout système de pensée, sa poésie est marquée d’une intériorité qui n’exclut pas, bien au contraire, une extrême présence au monde peut-être développée par une enfance solitaire : « Je suis montée avec ardeur / puis jusqu’ici descendue avec calme, / composant ma démarche. / Mais devant moi voici que l’escalier l se perd. Eboulé. / Et la lumière devient plus faible. / À chaque pas je sens sous le pied / des formes inconnues, âpres, / et terrifiée je me soutiens contre le mur, / avec un vertige glacé dans ce cceur / qui exècre et prépare / mon imminente chute. » (Le Vide et les formes). C’est une
poésie de l’expérience, à partager en une langue commune dans une démarche d’éveil, de présence à l’éphémère.
 Expérience de la peur, de la souffrance, ou plutôt de l’autre qui souffre en soi : « je ne suis pas mon corps. / Il m’est étranger, ennemi. / pire encore est l’âme, / et non plus avec elle je ne m’identifie ». L’interrogation n’évite pas la vieillesse ni la mort, tous sujets que notre société de l’image rejette loin de sa sphère. Margherita Guidacci les évoque avec la pudeur qui caractérise son écriture et la compassion qui lui rend proche toute misère humaine comme en témoignent les textes qu’a suscités l’attentat de la gare de Bologne : « Ici, chez nous, où donc est ce
visage auquel correspondent ces bras ? / Vide de traits, inexpressif, voilé, / ce n’est que le visage d’un ciel blanc, d’une plaine qui exhale / vapeurs et miasmes dans la touffeur d’août. / En vain nous cherchons une réponse / sur des cadrans où jamais plus / nous ne pourrons lire une autre heure. / La mort a fait son nid dans toutes nos horloges. »
(L’Horloge de Bologne).
 Un homme est touché et « nous tous, nous sommes en exil ». C’est cette compassion, en son sens étymologique, qui la rend proche des grands poètes mystiques. Le poème ne dénonce pas, le poème ne crie ni révolte ni vengeance, il prend avec lui la fragilité, la souffrance des hommes, leurs interrogations. Il révèle « la source », mot-clef dans la poésie de Margherita Guidacci, dont chaque être humain est dépositaire. Il faut que « quelqu’un puisse encore la faire jaillir/ hors des veines de pierre / et lave de moi le geste menteur / et guérisse la soif authentique. » (Neurosuite). La quête de la source n’a pas vocation à asseoir un pouvoir. Elle est juste cette mise en mouvement qui rejette la sécurité, qui maintient en éveil et qui, dans le refus de l’oubli, unit les vivants dans un « chant de communion avec les morts ».
 Le poème devient tension et méditation. Son expression puise sa force dans l’exigence de dépouillement de l’auteur. En l’absence de toute complaisance l’écriture se fait fluide et dense, telle une « fontaine, jamais achevée » nous conviant « l’oreille tendue à une écoute sans fin » (Le Retable d’Issenheim).
 On aura compris que cette courte présentation de Margherita Guidacci constitue une invite à lire au-delà du choix de poèmes présentés ci-dessous une oeuvre essentielle du vingtième siècle.
 Ouvrages traduits en français :
Neurosuite
, trad. de Gérard Pfister, Arfuyen, 1977, réédité en 1989
Le vide et les formes, trad. de Gérard Pfister, Arfuyen 1979
Le sable et l’ange, trad. de Bernard Simeone, Obsidiane, 1986
Le retable d’Issenheim, trad. de Gérard Pfister, Arfuyen, 1987
Sibylles, trad. de Gérard Pfister, Arfuyen, 1992
L’horloge de Bologne, trad. de Gérard Pfister, Arfuyen, 2000