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Face au mur de la Loi

 Si nous avons peu de poètes philosophes, ce n’est pas que la poésie philosophique ait mauvais genre, c’est qu’elle est un genre difficile, exigeant, qui requiert, si l’on veut éviter pathos et rhétorique, des qualités particulières, grâce auxquelles l’élan lyrique et l’invention proverbiale ne seront pas sacrifiées à la profusion aphoristique. Il importe que le discours philosophique échappe à l’exposé et au mode d’emploi des notions convenues, qu’il soit le langage personnel d’une vision du monde, de l’histoire et de l’être, irréductible aux données de la connaissance.
 Alain Suied bâtit avec patience et rigueur une oeuvre dont la matière même, phénomène peu commun, est constituée de pensée en mouvement. De pensée en irruption, et même en éruption, tant elle fait du surgissement, de la fulgurance de la veine métaphorique, son énergie motrice. Il y a chez ce poète une saisie comme instinctive des grandes interrogations qui irriguent hotre espace intérieur, notre espace métaphysique. Interrogation constructive sur la relation intime de la parole et de l’être, relation qui commande toutes les autres :
 Les mots qui manquent
 parlent pour nous. 
 Langue étrangère, parole 
 première, le manque 
 de l’origine est l’origine du manque.

 (...) Poésie personnelle dans sa tension vers l’universel, à travers’une tradition juive, où elle s’enracine et qui la fonde. Elle nous suggère comment "habiter le réel y et comment il nous appartient "d’ouvrir, couvrir, découvrir" :
  Nous n’aurons jamais le lieu.
 Nous sommes les témoins de l’origine. 
 Syllabes de lumière 
 sur le tableau noir 
 de l’univers !

 Comment ne pas saluer la prouesse d’un poète qui parvient, sans jamais s’enliser dans l’abstraction, à nous communiquer, pour le devenir de l’être et sa "proximité", une passion qui lui donne des ailes !