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Etty Hillesum au secours de Dieu

 Devant une œuvre d’une intensité spirituelle exceptionnelle, l’exégète consciencieux doit s’effacer devant l’auteur en le citant au maximum et en se contentant d’entourer les citations d’éclairages sur le contexte de leur énonciation.
 C’est ce qu’ont bien compris C. Juliet, D. Sterckx, et C. Vigée qui ont participé au recueil d’hommages : Etty Hillesum, « histoire de la fille qui ne savait pas s’agenouiller », paru récemment avec une préface de Liliane Hillesum, la seule rescapée de la famille Hillesum, disparue dans la Shoah.
 Née en 1914 à Middleburg aux Pays-Bas, Etty Hillesum a fait à partir de 1932 des études de droit et de russe, tout en menant une vie hédoniste. Les persécutions antijuives à partir de l’occupation des Pays-Bas en mai 1940 par les nazis, l’ont bouleversée au point de consulter le psychochirologue Julius Spier qui devint son amant et son guide spirituel, quoi qu’il fût de 27 ans son aîné. En juillet 1942, eIle a demandé de travailler comrne membre du Conseil juif au camp de transit de Westerbork où elle tint un journal qu’elle confia à une amie chrétienne avant sa déportation à Auschwitz où elle périt le 30 novembre 1943. Ce journal n’a été publié en néerlandais qu’en 1981 et traduit en français en 1985 sous le titre : Une vie bouleversée. C’est de cet ouvrage que le Père D. Sterckx a tiré huit prières reproduites dans sa contribution dans laquelle il met en lumière l’originalité de la foi d’Etty qui a affirmé que c’est à l’homme à aider Dieu et non l’inverse : « Ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider ». Il s’ensuit que : « Dieu n’a pas à nous rendre compte pour les folies que nous commettons ».  C’est aussi sur cette vision innovante de la foi que C. Vigée a axé son étude Secourir Dieu dans la shoah, dans laquelle il cite souvent Etty dont il compare l’épreuve à celles de Jérémie et Job ainsi qu’au sacrifice de B. Fondane et de J. Kortchak qui ont choisi de partager le sort de leurs proches déportés, alors qu’ils pouvaient échapper à la déportation.
 Enfin C. Juliet évoque l’émotion ineffaçable suscitée par la découverte d’Une vie bouleversée et explique pourquoi cette œuvre imposée de « vivre avec exigence ».
 
Ce recueil d’hommages fervents rend très proche la voix précieuse d’Etty Hillesum qui nous exhorte à savoir garder, même en temps de détresse, le sens du divin et de l’amour.