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Ernest Hello

  « Risquons cette énormité : Hello m’attendait », écrit Patrick Kéchichian, critique littéraire au Monde, auteur de ce livre très construit, mais dont la forme est étonnante. Ni d’histoire de la littérature, ni de critique, la démarche ressemble à celle des Confessions  : comme saint Augustin cherchait parce qu’il a « déjà trouvé », Patrick Kéchichian reconnaît une présence, et plus encore une sensibilité, « proche avant d’être approchée ».
 Ernest Hello, dans la dernière partie du XIX° siècle, celle du triomphe de la République et du positivisme, était à la jointure du catholicisme intransigeant (Veuillot vieillissant, le P. Ventura, les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul) et des écrivains catholiques (Barbey d’Aurevilly, Huysmans, Bloy). « Je crois que j’ai le monopole de la faiblesse infinie »  : triste, maladif, un visage « d’une laideur hyperbolique » (Bloy), se plaignant lamentablement de ce qu’on parlait si peu de ses écrits, marié avec une femme qui était un peu comme sa mère et lui servait de garde-malade. « Démantibulé sublime » pour Bloy, « fou » pour le grand nombre, il exerçait son « apostolat » par des articles qu’il rassemblait ensuite en livres. Il avait même fondé une revue éphémère, Le Croisé, pour combattre les « mauvaises idées » (Renan, Hugo).
 C’était en fait un écrivain spirituel, dont l’écriture était, comme il le voulait lui-même, « revêtue de magnificence ». Son style est sobre, mais palpitant, angoissé, avec ce « tremblement de la prière » que P. Kéchichian ne cesse de relever. Il a trouvé des défenseurs, Bernanos (« Ils ont trahi Hello pour un baiser »), Claudel, Michaux, Léon Bloy avant eux, dans la vie duquel il a occupé une place étonnante. Et aujourd’hui Patrick Kéchichian : sa compassion pour ce personnage baigné de larmes, noyé dans ses larmes, et cherchant de ses yeux éberlués « la gloire », la lumière divine, s’est muée en tendresse « dans le secret d’une certaine solidarité, celle que la communion des saints commande et agence ». Un livre rare.
 Il est bien vrai que les Prières « ailées et blessées » d’Ernest Hello apprennent plus à son sujet que tous ses autres écrits (à noter aussi que l’un de ses plus beaux livres, Paroles de Dieu, a été réédité en 1992 chez Jérôme MilIon). Elles sont suivies d’un texte de Léon Bloy qui foudroie « la benoîte racaille des écrivassiers vertueux », ces « sérénissimes crétins » qui n’ont pas reconnu le génie d’Hello. Il n’est guère surprenant que l’accueil réservé par la critique à ces hommages, celui de L. Bloy et celui de P Kéchichian, soit un peu gêné.