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Entrées en échanges

  Le souffle est aussi impérieux sous les portes
 sur les caps, tu l’écouteras davantage
 amener de très loin la vague immense qui déferle, 
 les embruns qui se brisent, et tu écouteras de même 
 ce qui semble un murmure entre tes lèvres 
 tu y auras conscience à la fois d’être unique 
 et de n’appartenir qu’au monde.

 Orné d’une belle illustration de Victor Hugo, le recueil de Pierre Dhainaut se divise en trois parties : Dans la maison des seuils, Au soleil de l’imprévisible, Légère avance du poème  ; trois parties composées de poèmes, d’haiku et d’aphorismes, enfin d’une réflexion sur le poème.
 En évoquant les textes de Dhainaut nous pouvons parler de poésie du corps mais qui, contrairement à celle de Bernard Noël (plus violente et d’où émanent les tensions internes) c’est une poésie apaisée, intériorisée.
 Dans ce recueil les éléments corporels (l’haleine, le souffle, la respiration) s’unissent à la lumière, aux embruns, aux chants des grives. Le poète toujours disponible, en éveil, renonce à toute crispation, il n’est qu’ouverture, acquiescement, alliance. Dans un mouvement spontané, le poète multiplie les échanges de l’être avec le cosmos, du fini avec l’infini, il est une véritable charnière entre l’horizon et notre oreille ; poésie légère, sans emphase, sans rhétorique qui sollicite pleinement l’écoute (claquements d’ailes, ruissellements des vagues, intonations des voix) et le regard (flux et reflux de la mer, échafaudages de l’ombre et de la lumière). Le réel chez Dhainaut n’est plus traducteur des signes, il est incorporé dans la vision interne :
 Le chant d’une alouette
 la même transparence ensuite 
 emplit le front, le ciel.
 Pierre Dhainaut poursuit là aussi sa réflexion sur le poème déjà initiée par l’un de ses recueils fondateurs Fragments d’espace ou de matin (1988).
 Ce poème – qui s’élabore dans l’intime – se construit pas à pas, tout en contribuant à l’échafaudage interne du poète : "Deux forces collaborent à la genèse du poème, avec l’une il s’élève, avec l’autre il s’érode, avec l’une et l’autre il s’épanouit. Pourquoi est-il si ardu de ne pas les dissocier ?"
 Entrées en échanges, entre estuaire et origine...