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Entrées en échanges

 Pierre Dhainaut : inutile de le présenter, il jouit d’une notoriété de longue date ; son ceuvre est importante dont la belle unité d’écriture va de pair avec la plénitude. Un nouveau recueil la complète : Entrées en échanges, dont certaines pages accompagnèrent naguère des peintures de Jacques Clauzel. Je les avais lues, et je les retrouve avec la même satisfaction de l’esprit, qu’elles soient proches de l’aphorisme, que ce soient des vers monostiches, des tercets, ou, parmi les inédits, une série de ce que je désignerais volontiers comme des églogues, ou, disons, des aquarelles écrites, suivant cette élégance et cette densité du vers qui sont le propre de Dhainaut. Le poète, sans recourir méthodiquement à l’alexandrin, en restaure souvent la proximité musicale. Qu’on en juge : 
 II faisait froid. Les chambres étaient nues
 Pourtant nous avions hâte, à l’aube, d’écarter les draps, 
 De nous redresser. Tout le sommeil d’enfance, 
 la peur, puis l’abandon, la lente approche du secret,
 le temps de pcrmettre aux carreaux de se couvrir de givre...
 Il y a là comme un cousinage, hors les rimes, hors les murs, avec Jacques Réda. J’avoue avoir un faible, dans cet ensemble dont la minceur est loin d’exclure la diversité, pour les tercets pareils aux cailloux blancs d’un petit Poucet de la mémoire : "Poème aussi, ce qui rend complice / sur la table où tu travailles / la montre et l’ammonite." Ou encore, après ce mini tableau cubiste, celui-ci, écrin d’un art de vivre : "Tu t’approcheras des vanneaux / sans qu’ils s’envolent, / tu es chez toi dans la durée."