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Emily Dickinson

 La publication en France d’Emily Dickinson est un événement. Cette jeune Américaine née en 1830 à Amherst dans le Massachusetts et qui vécut en recluse dans la maison familiale ne publia pratiquement rien de son vivant. Dès 1858, elle commença à confectionner des "cahiers" de poèmes.
 Immobile ma Vie – Fusil Chargé –
 Dans un Coin – puis un Jour 
 Le Maître passa - Me reconnut 
 Et m’emporta – ...
 Ainsi s’empara d’elle le Poème, objet de langue qui la mit en proie non pas à l’épanchement mais à une urgence quasi respiratoire. Cette contemporaine de Lowell, de Wordsworth ou de Quincey comprit très vite que ce que certains nommèrent sa "sténographie poétique" n’avait aucune chance de publication. (...)
 Pour elle, chaque matin est premier. Oiseaux, Cheveux, Robes, Herbes, Fleurs, Abeille ou Blatte s’inséparent de ion corps comme la masse liquide du Temps qu’elle traverse.
 Lorsqu’elle baigne dans un réel où la Nature sans cesse se trouve présente, il n’y a plus semble-t-il de Dedans ni de Dehors.
 En effet,
  Le Cerveau est plus profond que la mer – 
 Car – tenez les – Bleu contre Bleu 
 L’un absorbe l’autre – comme l’Eponge 
 L’eau du Seau – ...

 Dans sa postface, Margherita Guidacci insiste sur l’aspect mystique de celle qui, vêtue de blanc, vivait dans une totale intuition de l’Eternité. Pour Emily Dickinson,
 L’Erreur est d’estimation.
 L’Eternité est là-bas
 Disons-nous, comme d’une Gare –
 Et cependant elle est si proche
 Qu’elle m’accompagne sur mon Chemin –

 L’Ecrire/Vivre d’Emily Dickinson se trouve inclus dans l’extrême dilatation de .ette "circumference" du Temps sans imite. Vie et Mort, Présence et Absence sont traversées avec une telle conscience physique, j’irai même jusqu’à dire sexuelle que l’on peut comprendre pourquoi il a fallu plus d’un siècle pour que cette écriture, cette voix singulière nous parvienne.
 Un autre poète américain (plus près de nous) avait raison de préciser :
"La meilleure façon de savoir ce qu’est la poésie est de lire les poèmes. Ainsi, le lecteur devient lui-même une sorte de poète : non parce qu’il "contribue" à la poésie mais parce qu’il se découvre sujet à son énergie" (Louis Zukofsky, Un objectif et deux autres essais). 
 Par l’incandescente énergie qui émane de chaque vers, de chaque poème d’Emily Dickinson, le lecteur le plus las, le plus désemparé est miraculeusement rendu à l’Etat Privilégié de Sujet.